La commémoration de la grève des huit jours illustre une nouvelle fois l’instrumentalisation du récit historique au service d’un discours politique figé.
À l’occasion du 69ᵉ anniversaire de la grève historique des huit jours, une conférence s’est tenue mercredi à Alger pour rappeler le rôle des commerçants algériens dans la guerre de Libération nationale. L’événement, organisé par l’association Machâal Echahid au siège du quotidien El Moudjahid, a réuni des représentants d’organisations professionnelles, d’institutions officielles et du monde universitaire, dans un format désormais bien rodé du calendrier mémoriel algérien.
Les interventions ont insisté sur la portée symbolique de la grève menée du 28 janvier au 4 février 1957, présentée comme un « message clair » adressé au colonisateur français et comme la preuve d’un ralliement unanime du peuple derrière la Révolution. Un récit unanimiste qui, s’il s’inscrit dans la tradition officielle, tend à lisser la complexité historique au profit d’une lecture monolithique de la lutte anticoloniale.
Dans son allocution, le secrétaire général de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) a exalté les sacrifices des commerçants et leur rôle central dans la mobilisation nationale. Mais au-delà de l’hommage historique, le discours a glissé vers des considérations contemporaines, appelant les acteurs économiques à défendre la « stabilité » et la « sécurité alimentaire », dans une rhétorique où la mémoire révolutionnaire sert de caution morale aux orientations actuelles de l’État.
Cette transposition systématique du passé vers le présent soulève des interrogations. En invoquant l’esprit du 1er Novembre et l’héritage du Front de libération nationale, les intervenants réaffirment une continuité idéologique qui laisse peu de place au débat critique ou à la pluralité des interprétations historiques. La mémoire nationale est ainsi convoquée moins comme objet d’analyse que comme outil de légitimation politique.
Le président de l’association Machâal Echahid a souligné l’importance de ces commémorations pour la « préservation de la Mémoire nationale ». Pourtant, à force de cérémonial et de discours convenus, ce travail mémoriel semble davantage relever de la ritualisation que d’une véritable réflexion historique. L’absence de voix discordantes ou de lectures alternatives renforce l’impression d’un récit verrouillé, sanctuarisé, où l’histoire demeure indissociable de l’orthodoxie politique.
Dans une Algérie confrontée à des défis économiques et sociaux profonds, la répétition de ce type de commémorations pose une question centrale : la mémoire de la guerre de Libération est-elle appelée à nourrir un débat national renouvelé ou à perpétuer un discours figé, mobilisé en priorité pour consolider l’ordre établi ?
MK/AK/Sf/APA







