Le procès dit du « complot contre la sûreté de l’État n°1 », l’un des dossiers les plus sensibles ouverts depuis 2023 en Tunisie, connaît un nouveau rebondissement. Alors que des peines très lourdes devraient être prononcées le 27 novembre, les avocats de la défense affirment avoir découvert in extremis que l’essentiel du dossier d’accusation repose sur des documents transmis par les autorités algériennes, soulevant des interrogations sur ce que cherche Alger dans cette affaire.
Le verdict, initialement attendu cette semaine, a été reporté à une date exceptionnellement proche, signe de la rapidité inhabituelle avec laquelle la justice tunisienne avance sur ce dossier.
La défense estime que ce rythme accéléré empêche un examen approfondi des pièces, d’autant que certaines n’auraient été communiquées que tardivement. Me Amine Bouker, membre du collectif chargé de défendre plusieurs accusés, a indiqué que les avocats n’avaient eu accès à certains éléments qu’au dernier moment.
Selon la défense, des documents fournis par les services algériens constitueraient la colonne vertébrale du dossier d’instruction. Leur contenu exact n’a pas été révélé publiquement, mais leur rôle central alimente les spéculations sur une implication plus large d’Alger dans un dossier à haute intensité politique.
La Tunisie et l’Algérie entretiennent une coopération étroite en matière sécuritaire, bien que plusieurs observateurs y voient une relation devenue asymétrique ces dernières années au profit d’Alger.
Ce procès s’inscrit dans un contexte déjà tendu en Tunisie, marqué par une série d’affaires pour complot ouvertes depuis 2023. Les autorités accusent les prévenus – parmi lesquels des opposants, des personnalités publiques et des militants – d’avoir planifié des actions visant à déstabiliser l’État. La défense dénonce, de son côté, des procédures politiques visant à neutraliser toute contestation du pouvoir du président Kaïs Saïed, qui gouverne par décret depuis 2021.
La présence de documents étrangers dans un dossier d’accusation aussi lourd relance le débat sur la souveraineté judiciaire tunisienne et sur l’influence croissante de l’Algérie dans les affaires internes de son voisin.
Plusieurs experts soulignent que Tunis, confrontée à une crise économique aiguë, s’est fortement rapprochée d’Alger sur les plans énergétique, financier et sécuritaire, créant une relation de dépendance susceptible de peser sur certaines décisions sensibles.
À quelques jours du verdict, l’affaire cristallise les tensions politiques et diplomatiques. Les avocats annoncent vouloir déposer de nouvelles requêtes, tandis que les organisations de défense des droits humains appellent à un procès équitable et à la transparence totale sur les sources des accusations.
Le 27 novembre pourrait ainsi s’avérer déterminant pour l’évolution de cette affaire, mais aussi pour les équilibres actuels entre Tunis et Alger.
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