Des organisations de défense des droits humains contestent le caractère volontaire des retours de migrants subsahariens organisés par les autorités tunisiennes, dans un contexte marqué par des arrestations, des expulsions et des tensions croissantes autour de la question migratoire.
La politique tunisienne de «retour volontaire» des migrants en situation irrégulière fait l’objet de critiques renouvelées de la part d’organisations de défense des droits humains, qui mettent en doute le caractère librement consenti de ces départs et dénoncent un climat de pression pesant sur les ressortissants d’Afrique subsaharienne.
Selon les données citées par le média tunisien Nawaat, environ 4 500 migrants auraient quitté la Tunisie depuis juillet 2025 dans le cadre d’un programme mis en œuvre avec la participation du ministère de l’Intérieur, du Croissant-Rouge tunisien et des autorités locales. Les autorités présentent ces départs comme des retours volontaires destinés à faciliter le rapatriement des personnes en situation irrégulière.
Cette politique s’inscrit dans un contexte de durcissement du discours officiel sur l’immigration depuis 2023. Des associations de migrants et plusieurs ONG estiment que les opérations de retour interviennent alors que de nombreux ressortissants subsahariens font état d’arrestations, de difficultés d’accès à l’emploi et au logement ainsi que d’un climat d’hostilité alimenté par des discours xénophobes.
Les chiffres communiqués par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) montrent une hausse du nombre de retours. L’organisation indique avoir facilité 8 853 retours en 2025, contre 6 885 en 2024 et 2 558 en 2023. Depuis le lancement de son programme de retour volontaire et de réintégration en 2022, 22 377 migrants en situation irrégulière ont été rapatriés, dont 2 103 depuis le début de l’année 2026.
Les critiques portent également sur les conditions dans lesquelles ces retours sont organisés. Un rapport récent de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), cité par Nawaat, évoque l’absence d’évaluations individuelles systématiques, des informations jugées insuffisantes pour les migrants concernés et des inquiétudes concernant le traitement de femmes et d’enfants placés dans des centres de rétention avant leur départ.
Le débat intervient alors que la Tunisie demeure un point de transit majeur pour les migrants cherchant à rejoindre l’Europe par la Méditerranée. Selon les données relayées par le même rapport, au moins 533 personnes sont mortes ou portées disparues lors de naufrages au large des côtes tunisiennes en 2025, tandis que plus de 12 000 migrants ont été interceptés en mer puis ramenés sur le territoire tunisien.
Les autorités tunisiennes n’ont pas répondu publiquement aux accusations de retours forcés, maintenant leur position selon laquelle les départs s’effectuent dans un cadre volontaire et conforme à leurs engagements en matière de gestion des flux migratoires.
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