Amnesty International a dénoncé jeudi un « dangereux tournant de la politique migratoire »,en Tunisie.
En s’appuyant sur plus d’une centaine de témoignages, Amnesty International met en cause les autorités tunisiennes pour l’accueil et le traitement réservés aux migrants, dans un rapport diffusé ce jeudi.
L’organisation internationale a publié jeudi 6 novembre un rapport intitulé « Personne ne vous entend quand vous criez », centré sur le respect des droits de migrants en Tunisie.
À la suite d’une longue enquête, l’organisation de défense des droits de l’homme pointe le « dangereux tournant de la politique migratoire », notamment les exactions, les viols, les violences et le racisme des autorités comme des forces de l’ordre. Amnesty s’inquiète également du soutien financier de l’Union européenne aux autorités tunisiennes.
L’enquête d’Amnesty s’est focalisée sur les interceptions de migrants en mer et les expulsions aux frontières libyennes et algériennes en plein désert. Ces trois dernières années, « les autorités tunisiennes ont adopté des politiques d’immigration et d’asile qui font preuve d’un mépris total à l’égard des vies, de la sécurité et de la dignité des personnes réfugiées ou migrantes, et qui sont utilisées comme des outils d’exclusion fondée sur l’appartenance raciale », souligne-t-elle dans ce rapport.
« Derrière ces violations, on voit qu’il y a toujours un fond d’incitation à la haine raciale », explique Safia Ryan, chercheuse pour l’Afrique du Nord à Amnesty International. « Il y a toujours une base discriminatoire sur la base de la couleur de peau », ajoute-t-elle.
Amnesty International pointe la responsabilité de l’UE qui finance, sans contrôle, la politique migratoire de la Tunisie. « Ils ont intensifié le soutien, notamment aux interceptions en mer et aux contrôles migratoires, mais sans faire en sorte que ce soutien n’aille pas à des autorités qui étaient responsables de ces violations. Il y a donc une véritable faille dans ce système de soutien aux autorités tunisiennes », fait-elle observer.
« Des responsables de l’État procèdent à des expulsions collectives au péril de la vie de ces personnes et en violation du principe de non-refoulement. Ces opérations font souvent suite à de dangereuses opérations d’interception en mer ou à des arrestations ciblées en fonction de critères raciaux et s’accompagnent fréquemment d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, notamment des violences sexuelles déshumanisantes », note-t-elle.
« L’accès à la procédure d’asile a été suspendu et les organisations offrant une protection aux réfugiés et migrants ont fait et continuent de faire l’objet de graves répressions », déplore encore l’ONG.
AK/ac/Sf/APA







