À un mois de la rentrée scolaire 2026-2027, le Syndicat national des acteurs du privé de l’éducation de Côte d’Ivoire (SYNAPE-CI) brise le silence. Lors d’une conférence de presse animée ce dimanche 2 août 2026 à Abidjan, l’organisation syndicale a vigoureusement dénoncé la dégradation alarmante des conditions de vie et de travail des personnels du secteur privé, exigeant une réforme structurelle immédiate.
La colère gronde dans les rangs de l’enseignement privé ivoirien. Le SYNAPE-CI a dressé un bilan noir d’un secteur marqué par des inégalités criantes, une précarité endémique et des violations répétées des droits des travailleurs. Un constat d’autant plus alarmant que près de 987 638 élèves sont orientés chaque année par l’État dans ces établissements confessionnels et laïcs.
Yoboué Kouakou, secrétaire général du SYNAPE-CI, a mis en lumière une régression salariale aberrante au regard de l’inflation. « Un professeur licencié percevait 193 896 FCFA en 1988, contre seulement 128 283 FCFA selon le barème de 2023 », a-t-il fustigé.
L’enquête menée par le syndicat révèle des chiffres vertigineux : 86,7 % des enseignants du primaire privé et 85,7 % de ceux du secondaire reçoivent « une rémunération inférieure au minimum légal ». À cela s’ajoutent des retards de paiement chroniques.
Le cas de la localité de Tiéningboué a été ouvertement cité, où des enseignants cumulent jusqu’à 72 mois d’arriérés de salaires liés aux périodes de vacances. Un recensement terrain, effectué du 23 au 25 juillet 2026 auprès de 25 établissements dans 14 localités, a permis de collecter les témoignages directs de 33 enseignants totalisant au moins trois mois de salaires impayés.
Une détresse financière qui impacte directement plus de 300 travailleurs et leurs familles. Selon le leader syndical, toutes les disciplines et catégories de personnels sont touchées, et cette étude ne représente que la face visible de l’iceberg.
Le SYNAPE-CI refuse de dédouaner les fondateurs d’écoles qui justifient souvent ces manquements par le non-versement des subventions étatiques. S’appuyant sur les données de la Direction générale du Trésor, M. Yoboué a révélé qu’au 30 juin 2025, l’État avait déjà payé 98,51 % des frais de scolarité dus aux établissements privés. La responsabilité des employeurs est donc directement pointée du doigt.
Face à cette situation, le syndicat interpelle directement le chef de l’Etat en exigeant que le versement des subventions publiques soit conditionné au paiement effectif des salaires et à l’affiliation des agents à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS).
Il a réclamé l’ouverture immédiate d’une enquête sur la gestion des 3 milliards de FCFA, une solution d’urgence pour les personnels privés de salaire depuis plusieurs mois, ainsi qu’une révision du barème salarial conformément au protocole d’accord de 1982, fondé sur le principe « à travail égal, traitement égal » entre les secteurs public et privé.
Bien qu’ayant déjà saisi les instances compétentes, telles que la Direction de l’encadrement du privé (DEP), le Conseil consultatif de l’éducation nationale et la CNPS, le SYNAPE-CI constate une absence de réponses satisfaisantes.
L’organisation syndicale passe à la vitesse supérieure. Dès ce lundi 3 août 2026, des courriers officiels seront transmis à la présidence, à la Primature, à l’Assemblée nationale ainsi qu’aux ministères de tutelle.
Yoboué Kouakou exhorte les pouvoirs publics à envoyer un signal fort pour sauver les 90 000 travailleurs de l’enseignement privé, qu’il considère comme les « oubliés » du système éducatif ivoirien, rappelant qu’aucune éducation de qualité ne peut se bâtir sur la misère de ses acteurs.
AP/APA







