Quatorze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye enregistre une reprise économique marquée par une hausse de la production pétrolière et le retour d’investissements étrangers, mais cette embellie repose sur un équilibre politique volontairement figé.
La production nationale libyenne a atteint récemment 1,3 million de barils par jour, attirant de nouveaux contrats d’exploration pour BP, Shell et ExxonMobil. Les revenus pétroliers alimentent la Banque centrale à Tripoli et relancent certaines dépenses publiques. Pourtant, cette croissance reste largement captée par des circuits opaques : contrats surfacturés, salaires fictifs et réseaux de milices.
Les infrastructures demeurent délabrées, l’inflation élevée et les pénuries chroniques de carburant persistent. Avec plus de 90 % des recettes publiques issues des hydrocarbures et l’absence de réformes crédibles, la reprise reste fragile.
Sur le plan politique, le pays reste divisé entre deux autorités rivales : le gouvernement de Tripoli, soutenu par l’ONU et la Turquie, et celui de Benghazi, appuyé par Khalifa Haftar avec le soutien de la Russie et de l’Égypte. La feuille de route électorale onusienne est au point mort, tandis que les violences entre milices se poursuivent. Cette inertie profite aux groupes armés et aux clans au pouvoir, qui tirent avantage de subventions, de trafics et de marchés publics contrôlés.
Les acteurs étrangers maintiennent cet équilibre instable : la Turquie fournit armes et conseillers à Tripoli, la Russie renforce sa présence dans l’est via son Corps africain, et l’Égypte, tout comme les Émirats arabes unis, soutiennent Haftar. Les pays voisins privilégient leurs intérêts sécuritaires ou économiques immédiats, au détriment d’une stratégie commune pour stabiliser le pays.
Si cet ordre précaire venait à être bouleversé par une crise pétrolière, une rupture diplomatique ou une montée des affrontements, la donne pourrait changer. Pour l’heure, le pétrole assure la circulation de l’argent, mais sans bâtir d’institutions capables de garantir l’unité et la stabilité de la Libye.
MK/Sf/ac/APA







