Le Conseil de la nation algérienne a adopté à l’unanimité deux projets de loi instituant de nouvelles médailles et distinctions au sein de l’Armée nationale populaire (ANP), sous le signe de la « reconnaissance nationale ».
Présentée comme un hommage au mérite et au dévouement des personnels militaires et civils du ministère de la Défense, la réforme introduisant de nouvelles distinctions militaires confirme néanmoins la place centrale qu’occupe toujours l’institution militaire dans l’appareil d’État algérien.
Lors de la séance, à laquelle assistaient des représentants du ministère de la Défense, le président du Conseil, Azouz Nasri, a salué le vote comme « un symbole fort de la cohésion entre l’État et l’institution militaire ». Le ton solennel et la rhétorique patriotique qui ont marqué les débats illustrent une fois encore le rôle pivot de l’armée dans la gouvernance nationale. M. Nasri a également rendu hommage au chef de l’État et à l’ANP pour leurs « efforts constants au service de la stabilité et de la modernisation du pays », un discours qui s’inscrit dans la continuité de la mise en scène de l’unité entre pouvoir civil et autorité militaire.
Déjà approuvés mi-octobre par l’Assemblée populaire nationale, les textes créent cinq nouveaux ordres de distinction – couvrant notamment le commandement opérationnel, l’innovation scientifique, la coopération internationale et la diplomatie militaire – ainsi qu’une médaille de l’ANP à deux grades civils. Officiellement, ces distinctions visent à promouvoir la « culture du mérite » et à renforcer « l’esprit d’appartenance à la patrie ». En pratique, elles traduisent aussi une volonté de sacraliser l’armée, de légitimer son rôle prédominant et de consolider son prestige à un moment où la défiance envers les élites civiles demeure forte.
La ministre des Relations avec le Parlement, Nadjiba Djilali, a qualifié cette initiative de « signature collective d’une charte nationale ». Une formule que plusieurs observateurs interprètent comme révélatrice de la confusion persistante entre loyauté à la nation et allégeance à l’institution militaire. Le discours officiel, centré sur l’ANP, omet toute référence à d’autres corps de l’État ou à la nécessité d’une réforme de la gouvernance civile.
Le texte relatif à la médaille de l’ANP instaure deux nouveaux grades destinés aux personnels civils assimilés, récompensant avant tout la longévité du service. Cette approche, jugée conservatrice par certains juristes, consacre une conception hiérarchique et corporatiste du mérite, davantage fondée sur la fidélité à l’appareil que sur la performance ou l’innovation.
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