Les poursuites contre le magistrat Anas Hmedi illustrent une dégradation persistante de l’indépendance judiciaire en Tunisie, selon Amnesty International.
Les autorités tunisiennes sont appelées à abandonner les charges engagées contre le juge Anas Hmedi, président de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), poursuivi pour « atteinte à la liberté de travail », une accusation jugée infondée par Amnesty International dans un communiqué publié le 26 mars.
L’organisation évoque des représailles liées à ses prises de position publiques en faveur de l’indépendance de la justice, dans un climat marqué par une reprise en main progressive de l’appareil judiciaire depuis 2021.
Les critiques formulées par le magistrat s’inscrivent dans une séquence ouverte par les décisions du président Kaïs Saïed, notamment la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et la révocation de 57 juges en juin 2022. Selon Amnesty, ces mesures ont été suivies de procédures disciplinaires et pénales visant des magistrats critiques, dont Anas Hmedi, régulièrement convoqué et visé par plusieurs enquêtes depuis cette période. L’ONG estime que ces poursuites traduisent une utilisation du système pénal pour limiter la liberté d’expression au sein du corps judiciaire.
Au-delà du cas individuel, l’affaire met en évidence des tensions structurelles autour du rôle des institutions judiciaires. L’AMT, organisation historique fondée en 1990, a multiplié les prises de position contre ce qu’elle qualifie d’ingérences de l’exécutif. Ses actions, incluant une grève nationale en 2022, ont contribué à exposer les divergences entre magistrats et autorités politiques. Amnesty souligne que la participation des juges au débat public constitue un droit fondamental, protégé par les normes internationales relatives à l’indépendance de la magistrature.
La situation institutionnelle s’accompagne également d’un encadrement plus strict des organisations professionnelles. L’AMT a reçu en janvier 2026 des avertissements administratifs évoquant des irrégularités, avec un risque de suspension ou de dissolution. Ce durcissement intervient alors que plusieurs associations de défense des droits humains font état de pressions similaires, alimentant les inquiétudes sur l’évolution du cadre civique en Tunisie.
L’ensemble de ces éléments alimente un débat plus large sur l’état de droit dans le pays, dans un contexte où des experts des Nations Unies ont récemment exprimé leur préoccupation face aux poursuites visant des magistrats pour des opinions exprimées publiquement. Pour Amnesty International, la résolution du cas Anas Hmedi constitue un test significatif de la capacité des institutions tunisiennes à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire et le respect des libertés fondamentales.
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