La crise nutritionnelle s’aggrave dans le sud-ouest de la Somalie, où un enfant sur deux souffre de malnutrition aiguë dans les camps de personnes déplacées de Baidoa, selon une enquête menée en juillet par Médecins sans frontières (MSF). L’organisation alerte sur l’impact combiné de la sécheresse, des déplacements massifs et de la réduction de l’aide humanitaire internationale.
Depuis janvier en Somalie, plus de 21 000 enfants de moins de cinq ans ont été admis dans les centres de soins ambulatoires spécialisés soutenus par MSF à Baidoa, soit plus du double du nombre enregistré à la même période en 2025. Les hospitalisations ont également bondi de 78 %, avec 2 890 enfants pris en charge.
Cette aggravation de la malnutrition intervient alors que la Somalie fait face à une troisième année consécutive de pluies insuffisantes. La sécheresse a privé de nombreuses communautés d’eau, de récoltes et de bétail, poussant des centaines de milliers de personnes à quitter leurs zones d’origine. Plus de 500 000 personnes auraient été déplacées au premier trimestre 2026, dont neuf sur dix en raison de la sécheresse, selon l’ONU.
Un repas quotidien pour une famille sur trois
L’enquête de MSF, réalisée auprès de 888 foyers dans 14 camps de déplacés à Baidoa, met en évidence l’extrême précarité alimentaire des populations déplacées.
Près de 33 % des familles ne prennent qu’un seul repas par jour, tandis que seulement 2 % déclarent parvenir à en prendre trois quotidiennement. Les femmes et les enfants sont particulièrement exposés : ils représentent environ 85 % de la population déplacée à Baidoa.
La situation touche également les femmes enceintes et allaitantes. Plus de 2 600 d’entre elles ont été prises en charge par MSF au cours des deux derniers mois, alors que la malnutrition maternelle augmente les risques pour la mère et l’enfant avant, pendant et après l’accouchement.
La tendance dépasse Baidoa. Dans la région de Mudug, les admissions dans les structures hospitalières soutenues par MSF ont progressé de 70 % en juin et juillet 2026, illustrant l’extension des besoins nutritionnels et médicaux.
Face à l’afflux de patients, MSF a triplé la capacité d’un de ses centres médicaux à Baidoa, portant le nombre de lits de 50 à 150. L’organisation fournit également des articles essentiels et de l’eau potable aux populations déplacées de Baidoa et de Mudug.
Mais pour l’ONG, l’assistance médicale ne peut à elle seule enrayer une crise alimentée par le manque de nourriture, d’eau et de services essentiels.
« Un lit d’hôpital peut sauver un enfant, mais il ne peut pas le protéger s’il retourne dans un foyer où la nourriture, l’eau potable et les services de base manquent », souligne Allara Ali, coordinatrice de projet de MSF en Somalie.
La situation est aggravée par la diminution des financements internationaux. Les États-Unis, qui figuraient parmi les principaux bailleurs de la Somalie, ont suspendu leur aide en 2026, tandis que le Royaume-Uni a réduit son financement de moitié par rapport à 2025. Dans ce contexte, le plan d’intervention humanitaire de la Somalie a été réduit de 40 % et n’était financé qu’à moins d’un tiers en juillet, selon les données citées par MSF.
La dernière analyse de l’IPC estime à environ six millions le nombre de personnes confrontées à des pénuries alimentaires en Somalie, soit près d’un habitant sur trois. Parmi elles, quelque 1,9 million de personnes se trouvent dans une situation d’urgence nécessitant une assistance immédiate.
Pour MSF, l’enjeu est désormais d’éviter que l’aggravation de la malnutrition ne se transforme en crise encore plus meurtrière. L’organisation demande une augmentation rapide des capacités de prise en charge de la malnutrition aiguë sévère, davantage de personnel médical et un approvisionnement régulier en aliments thérapeutiques, médicaments et matériel médical.
Elle appelle également à renforcer les campagnes de vaccination afin d’atteindre les populations isolées et insuffisamment couvertes.
À Baidoa, où la malnutrition progresse sur fond de sécheresse et de réduction des financements, l’alerte de MSF souligne ainsi un risque majeur : sans soutien durable aux familles déplacées, les enfants guéris risquent de retourner dans les mêmes conditions de vulnérabilité et de rechuter.
TE/Sf/APA







