Lors du dernier Conseil des ministres tunisien, le président Kaïs Saïed a réaffirmé sa volonté de placer le volet social au cœur de son action. Mais derrière les discours sur la justice et la souveraineté, les mécanismes concrets de mise en œuvre restent flous, nourrissant les doutes quant à l’efficacité de son approche.
Fidèle à son style, le chef de l’État tunisien a présidé une réunion gouvernementale dominée par des annonces de principe et une rhétorique centrée sur la « volonté du peuple ». Il a souligné que la consécration du volet social ne devait pas se réduire à un simple slogan, mais constituer une orientation globale. Le communiqué de la présidence insiste sur la lutte contre la spéculation, la protection du pouvoir d’achat et la préparation de la rentrée scolaire comme priorités immédiates.
Cependant, cette posture volontariste révèle un paradoxe : si Saïed met en avant la nécessité de rompre avec les pratiques spéculatives et monopolistiques, il peine à traduire ces déclarations en réformes institutionnelles ou économiques palpables.
La dénonciation récurrente de « forces occultes » et de « lobbies » responsables des dysfonctionnements ne suffit pas à combler le manque de mesures concrètes. Cette rhétorique accusatoire entretient l’idée d’un président en guerre contre des ennemis diffus, mais ne propose pas de solutions structurelles crédibles pour réguler les circuits économiques.
Sur le terrain social, le président insiste sur l’importance de l’école comme pilier de l’avenir national, appelant à garantir fournitures et conditions d’étude pour la rentrée. Mais là encore, les moyens financiers et logistiques nécessaires restent imprécis, dans un contexte marqué par une dette publique élevée et un budget contraint. La promesse d’« offrir aux élèves les meilleures garanties » relève davantage d’un vœu pieux que d’une stratégie planifiée.
En prônant des « refontes novatrices » dans les domaines législatif, administratif et culturel, Saïed se positionne comme le seul garant de la cohérence nationale. Mais cette centralisation du pouvoir, exercée au nom de la souveraineté et du « respect de la volonté du peuple », suscite des interrogations. Elle risque de marginaliser les mécanismes institutionnels et les contre-pouvoirs nécessaires pour assurer une gouvernance équilibrée.
En définitive, si le président tunisien maintient son cap sur la justice sociale et la lutte contre la corruption, l’absence de plan détaillé et l’usage récurrent d’une rhétorique populiste fragilisent la crédibilité de son projet. Derrière la promesse d’une « feuille de route » nationale, le doute persiste sur la capacité du pouvoir en place à transformer les paroles en actes tangibles.
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