La signature de 25 accords à Tunis marque une volonté politique affirmée de rapprochement entre la Tunisie et l’Algérie, mais elle révèle aussi les limites structurelles d’une coopération encore largement déclarative.
Réunis le 12 décembre 2025 à Tunis à l’occasion de la 23ᵉ session de la Haute Commission mixte, la Tunisie et l’Algérie ont paraphé 25 accords et mémorandums couvrant un large spectre de secteurs, allant de la diplomatie et de l’économie à la santé, la jeunesse, la culture, les médias et l’énergie. La rencontre, coprésidée par la cheffe du gouvernement tunisien Sarra Zaafrani Zenzri et le Premier ministre algérien Sifi Ghreib, s’inscrit dans une dynamique de resserrement des liens entre deux pays voisins confrontés à des défis économiques et sociaux convergents.
Sur le plan politique, cette séquence diplomatique vise à afficher une coordination renforcée face à un environnement régional fragmenté et à des pressions internes croissantes.
Les accords conclus traduisent une volonté de densifier les échanges institutionnels, notamment à travers des partenariats entre agences de presse, médias audiovisuels publics et organismes de formation. Cette convergence des appareils étatiques interroge toutefois sur la frontière entre coopération technique et alignement politique, dans un contexte où l’espace médiatique et institutionnel reste étroitement contrôlé dans les deux pays.
Sur le plan économique, les textes signés couvrent des domaines stratégiques tels que l’investissement, le transport, la pêche, la santé et surtout l’énergie, pilier central de la relation bilatérale. Pour la Tunisie, en situation de fragilité budgétaire persistante, l’Algérie demeure un partenaire vital, notamment en matière d’approvisionnement énergétique et de soutien financier indirect. Pour Alger, cette coopération offre un levier d’influence régionale et un moyen de consolider sa profondeur stratégique à l’est. Néanmoins, l’impact réel de ces accords dépendra de leur traduction concrète en projets opérationnels, un point faible récurrent des précédentes commissions mixtes.
L’emploi, la formation et la jeunesse figurent également parmi les axes majeurs de cette nouvelle feuille de route. Ces secteurs concentrent pourtant les frustrations sociales les plus aiguës, avec un chômage élevé, en particulier chez les jeunes diplômés, et des systèmes de formation souvent déconnectés des besoins réels des économies nationales. Sans mécanismes de financement clairs, indicateurs de suivi précis et calendrier contraignant, le risque est élevé que ces engagements restent symboliques.
Au-delà de l’affichage diplomatique, cette séquence met en lumière une coopération bilatérale asymétrique. L’Algérie aborde ces accords en position de relative solidité financière, malgré ses propres contraintes structurelles, tandis que la Tunisie cherche avant tout des relais de soutien dans un contexte économique tendu. La multiplication des accords témoigne d’une proximité politique assumée, mais elle souligne aussi l’absence d’une vision économique régionale intégrée, capable de dépasser la logique de gestion conjoncturelle.
MK/Sf/APA







