La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a exprimé sa vive inquiétude face à la recrudescence des cas de toxicomanie dans la sous-région.
S’exprimant en marge de la réunion de validation du rapport 2025 du Réseau ouest-africain de surveillance de la consommation de drogue (WENDU), le Dr Daniel Amankwa, responsable principal du programme de prévention et de lutte contre la drogue au sein de la Cédéao, a souligné qu’un suivi régional est indispensable pour appréhender l’évolution des tendances et orienter les interventions factuelles dans les États membres.
Interrogé mercredi à Abuja par l’Agence de presse du Nigeria (NAN), le Dr Amankwa a déploré les mutations rapides du trafic et de la consommation de stupéfiants dans la région, insistant notamment sur l’émergence de nouvelles substances synthétiques.
Selon lui, l’intensification du trafic de cocaïne, conjuguée à l’effritement des structures familiales, alimente une crise de sécurité et de santé publique de plus en plus complexe.
Il a précisé que cette réunion de validation visait à permettre aux pays membres de vérifier et d’harmoniser les données relatives aux stupéfiants transmises à la Commission de la Cédéao avant la publication officielle du rapport régional.
« Le rapport du WENDU dresse un état des lieux de la toxicomanie, du trafic illicite de stupéfiants et de la criminalité connexe en Afrique de l’Ouest. Chaque année, les États membres recueillent des données et les transmettent à la Commission de la Cédéao. Nous compilons ces informations dans un rapport régional, puis nous les invitons à le valider afin d’en garantir l’exactitude », a-t-il expliqué.
Le responsable de programme a indiqué que bien que le rapport 2025 soit encore en cours de validation — ce qui empêche d’en tirer des conclusions définitives —, les conclusions de l’édition 2024 révélaient déjà des tendances préoccupantes pour la région.
Le Dr Amankwa a désigné le cannabis comme la drogue illicite la plus largement consommée en Afrique de l’Ouest, tout en alertant sur la prévalence croissante des produits synthétiques et pharmaceutiques.
« Le cannabis reste le stupéfiant le plus consommé dans la région. Cependant, nous constatons une forte augmentation des nouvelles substances psychoactives, notamment le tramadol fortement dosé, le kush et d’autres produits pharmaceutiques illicites dont la composition chimique a été modifiée », a-t-il précisé.
« Le problème ne vient pas des produits pharmaceutiques légitimes, mais des médicaments contrefaits et illégalement modifiés qui présentent des dosages dangereusement élevés. Nous parlons de comprimés de tramadol qui devraient normalement contenir 50 milligrammes, mais que l’on trouve aujourd’hui à des dosages de 200, 250, 300, 400 et même 500 milligrammes détournés de leur usage », a-t-il alerté.
Le Dr Amankwa a également révélé que le trafic de cocaïne était en pleine expansion en Afrique de l’Ouest. « Le rapport 2024 a montré que les arrestations et les saisies de cocaïne ont doublé dans la région. Les données préliminaires suggèrent que cette tendance se maintient en 2025, bien que les chiffres ne soient pas encore consolidés », a-t-il déclaré.
Le responsable a souligné que la toxicomanie imposait un coût social et économique exorbitant aux sociétés ouest-africaines, touchant tout particulièrement la jeunesse. Il a expliqué que la dépendance aux drogues engendre un cercle vicieux articulé autour de l’addiction, du chômage et de la précarité.
« Lorsqu’une personne plonge dans l’addiction, il lui devient difficile de travailler efficacement. Cela favorise le chômage qui, à son tour, alimente la pauvreté. Parallèlement, la pauvreté elle-même peut pousser certains individus vers la drogue. C’est un cycle qui s’auto-entretient », a-t-il déploré.
Le Dr Amankwa a ajouté que la toxicomanie contribuait de manière significative à la criminalité, les personnes souffrant de dépendance recourant souvent à des activités illicites pour financer leur consommation.
« L’impact est colossal. L’économie en pâtit en raison de la baisse de productivité. La santé est affectée, la criminalité augmente. Cela fragilise également les familles et les valeurs sociales. Si des parents sont dépendants, on imagine aisément les répercussions sur leurs enfants », a-t-il ajouté.
En conclusion, il a appelé à la mise en œuvre d’une stratégie globale reposant sur quatre piliers : le renforcement de la cellule familiale, la prévention par l’éducation, une répression efficace et un accès facilité aux soins pour les personnes souffrant de troubles liés à la consommation de drogues.
Selon lui, la restauration des valeurs familiales doit impérativement être la priorité absolue.
GIK/lb/ac/APA







