Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) avertit que la détérioration rapide de la situation sécuritaire dans le bassin du lac Tchad menace les fragiles progrès enregistrés ces dernières années. Plus de 3,5 millions de personnes sont déplacées de force dans cette région qui englobe le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigeria.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé vendredi un appel urgent à la communauté internationale face à l’aggravation des violences dans le bassin du lac Tchad, où l’insécurité croissante provoque une recrudescence des déplacements forcés et accentue les besoins humanitaires dans quatre pays d’Afrique centrale et de l’Ouest.
Lors d’un point de presse à Genève, le directeur adjoint du Bureau régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Andrew Wyllie, a indiqué que plus de 3,5 millions de personnes sont actuellement déplacées de force dans les zones concernées du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigéria, tandis que 8,2 millions d’habitants nécessitent une assistance humanitaire.
Le HCR souligne que la situation sécuritaire s’est fortement dégradée, avec une hausse de 80 % des incidents enregistrés entre janvier 2024 et avril 2026.
Entre septembre 2025 et mai 2026, près de 1 800 incidents sécuritaires et plus de 5 700 morts ont été recensés dans le bassin. Ces violences comprennent des attaques contre des civils, des enlèvements, des assassinats, des explosions, des affrontements entre groupes armés et des raids contre des villages.
Selon l’agence onusienne, l’État de Borno, dans le nord-est du Nigéria, demeure l’épicentre de la crise. Les attaques répétées de groupes armés non étatiques, les opérations militaires et l’insécurité sur les axes de déplacement continuent de contraindre des milliers de familles à fuir tout en limitant l’accès des acteurs humanitaires.
Depuis janvier 2026, plus de 77 500 personnes ont été déplacées à travers les quatre pays, dont plus de 16 000 réfugiés ayant fui les attaques dans le nord-est du Nigéria vers la région nigérienne de Diffa. Le HCR et ses partenaires y procèdent à l’enregistrement des nouveaux arrivants, à l’évaluation de leurs besoins et à la fourniture d’une assistance d’urgence.
L’organisation relève également une dimension transfrontalière croissante de la crise. Au Cameroun, les attaques persistantes dans la région de l’Extrême-Nord alimentent de nouveaux déplacements, tandis qu’au Tchad, quelque 60 000 personnes ont été déplacées dans la province du Lac à la suite d’attaques répétées et d’opérations militaires. Un état d’urgence y a été instauré en mai après une attaque contre des installations militaires.
Le HCR estime que les civils paient le plus lourd tribut. Les enquêtes de protection montrent qu’un ménage sur cinq ne se sent plus en sécurité dans sa propre communauté.
Les femmes et les filles sont confrontées à des risques accrus de violences, alors que les services spécialisés demeurent insuffisants. La proportion de personnes déclarant connaître des survivantes de violences est passée de 19 % en 2025 à 27 % en 2026, un chiffre qui, selon le HCR, reste probablement sous-estimé.
Les enfants figurent également parmi les principales victimes. Environ la moitié des enfants vivant dans les zones les plus touchées ne sont plus scolarisés, une proportion qui dépasse 78 % dans la province tchadienne du Lac. Les équipes de protection signalent par ailleurs une présence croissante d’enfants séparés de leurs familles ou non accompagnés, notamment dans l’Extrême-Nord du Cameroun.
Malgré les efforts des autorités nationales pour maintenir l’accueil des réfugiés et soutenir les communautés affectées, le HCR juge que la réponse humanitaire ne suit plus le rythme des besoins.
L’agence des Nations unies indique avoir besoin de 29 millions de dollars supplémentaires d’ici à décembre 2026 pour poursuivre ses opérations, maintenir les services essentiels de protection et d’assistance dans les zones les plus exposées et soutenir les initiatives de stabilisation conduites par les gouvernements de la région.
Sans un financement rapide et flexible, avertit le HCR, les déficits de protection continueront de s’aggraver, les déplacements transfrontaliers risquent de s’intensifier et la crise pourrait s’enraciner durablement dans l’ensemble du bassin du lac Tchad.
AC/Sf/APA







