Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) alerte sur une grave pénurie d’eau potable en Somalie, affectant plus de 300 000 personnes et exposant des communautés entières à un risque accru d’épidémies mortelles, conséquence d’un déficit de financement humanitaire.
Des centaines de milliers de Somaliens ont été privés d’eau potable ces derniers mois en raison d’un grave déficit de financement humanitaire, exposant les populations à la propagation de maladies évitables comme le choléra et la diarrhée aqueuse aiguë, indique le NRC.
Plus de 300 000 personnes, principalement des familles déplacées vivant dans des camps surpeuplés et des communautés rurales, ont perdu l’accès à une eau propre suite à la réduction ou à l’arrêt des services de distribution d’eau par camion-citerne et d’assainissement. Le financement alloué à l’eau et à l’assainissement représente moins de 12% des besoins humanitaires. Début 2025, l’ONU avait lancé un appel de fonds de 1,42 milliard de dollars pour venir en aide à 4,6 millions de personnes ; seulement 17% de cet objectif a été atteint à ce jour.
Les coupes budgétaires ont contraint les organisations humanitaires à réduire leur intervention de 72%, ne visant plus qu’1,3 million de bénéficiaires pour un coût de 367 millions de dollars.
« La réduction de l’intervention humanitaire en Somalie ne signifie pas que moins de personnes auront besoin d’aide ; cela signifie que plus de trois millions de Somaliens seront livrés à eux-mêmes », a déclaré Mohamed Abdi, directeur pays du NRC.
La crise sanitaire s’aggrave : entre janvier et juillet 2025, plus de 6 550 cas de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë ont été signalés, dont neuf décès. Plus de 1 000 nouveaux cas ont été recensés au cours du seul dernier mois. Près des deux tiers des derniers cas étaient graves, et la moitié concernaient des enfants de moins de cinq ans.
Cette situation survient dans un contexte de réduction drastique des services vitaux. Plus de 150 établissements de santé ont fermé, et dans l’État du Sud-Ouest, le nombre d’équipes mobiles de santé est passé de 74 à 25, privant de larges pans de la population d’accès aux soins.
Hawa Ali, mère déplacée vivant à Baidoa avec huit enfants, raconte que les familles doivent désormais marcher des heures pour trouver de l’eau, souvent sale et insuffisante pour boire ou cuisiner, exposant les enfants à la maladie.
Les régions les plus touchées sont Bay, Bakool, Gedo, Galgaduud, Hiraan, Mudug et le Bas-Shabelle, où de nombreuses communautés dépendaient de systèmes d’approvisionnement en eau gérés par des organisations humanitaires désormais hors service faute de financement. La sécheresse a également asséché les puits et réduit le rendement des forages. Dans les zones touchées, le prix de l’eau a presque doublé, passant de 70 à 130 dollars pour 10 000 litres, rendant l’accès à l’eau inabordable pour de nombreuses familles. Au Puntland, 800 000 personnes sont privées d’eau, et au Somaliland, environ 650 000 personnes ont un besoin urgent d’aide.
« La Somalie est au bord du gouffre sous l’effet combiné d’un conflit incessant, des extrêmes climatiques et d’une forte baisse de l’aide internationale », a déclaré Mohamed Abdi.
« Nous constatons chaque jour le coût humain de l’inaction : la souffrance des enfants trop faibles pour marcher, les jerrycans vides et les décès évitables dus aux maladies d’origine hydrique. Il s’agit d’une catastrophe d’origine humaine qui peut encore être évitée », a-t-il ajouté.
WN/as/fss/ac/Sf/APA







