Entièrement financé par des capitaux nationaux, un hôtel cinq étoiles de 16 milliards de FCFA est en chantier à Pointe Sarène au Sénégal, une avancée notable pour l’investissement local dans la zone.
Avant les pelleteuses, il y a eu les tambours. La cérémonie de pose de la première pierre du futur Palmera Hôtel & Resort, organisée lundi sur le site de Pointe Sarène, à environ quatre-vingt kilomètres au sud de Dakar sur la Petite Côte, a démarré dans une ambiance festive portée par des troupes locales de l’ethnie Sérère. Chants, danses et percussions ont planté un décor qui n’avait rien de protocolaire.
Mais c’est la prestation des descendants du légendaire Doudou Ndiaye Coumba Rose qui a clairement volé la vedette. Menés par Mo Ndiaye, fils du maître du tambour disparu en 2015, ils ont livré un set magistral, à la fois hommage familial et démonstration de ce que le patrimoine percussif sénégalais peut produire quand il est entre de bonnes mains.
« Le tourisme, c’est l’accompagnateur naturel de la culture », a dit le ministre Secrétaire général du Gouvernement, Boubacar Camara, qui représentait le Premier ministre, relevant la cohérence symbolique de la chose.
Un hôtel en forme de palmier, financé à 100 % par des capitaux sénégalais
Sur le fond, le projet est ambitieux. Le Palmera tire son architecture de la forme du palmier : des « branches » horizontales plutôt qu’une tour verticale, orientées de manière à offrir une vue sur l’océan à la quasi-totalité des 253 chambres et suites.
Volumétrie contenue entre R+3 et R+4, intégration paysagère soignée, orientation bioclimatique nord-sud, toitures solaires, matériaux locaux…, les concepteurs ont visiblement cherché à éviter la silhouette de béton posée en bord de mer comme une évidence.
L’investissement total s’élève à 16 milliards de FCFA, avec une livraison prévue en novembre 2028 après 24 mois de travaux. L’hôtel sera classé cinq étoiles et proposera, outre ses chambres, une suite présidentielle, deux suites VIP, près de 950 m² d’espaces de conférence, un spa de plus de 300 m², des restaurants, une base nautique et des infrastructures sportives.
L’opération est portée par Dall Bi SA, filiale de la Mutuelle des Douanes Sénégalaises, en partenariat avec le Groupe Palm Beach pour la gestion hôtelière, et adossée à la SAPCO-Sénégal en tant qu’aménageur public.
Pas un euro de capital étranger dans l’affaire, a-t-on tenu à préciser à plusieurs reprises.
« C’est un projet qui incarne la souveraineté économique », a déclaré le directeur général de la SAPCO, Serigne Mamadou Mboup.
Pascal Mancore, DG de Dall Bi, visiblement ému à la tribune, de son propre aveu, a de son côté évoqué la création attendue de 400 emplois directs et plus de 1 200 emplois indirects, insistant sur la volonté d’en faire bénéficier les entreprises et les jeunes de la zone en priorité.
Pointe Sarène, un pari touristique de long cours
Pointe Sarène n’est pas une page blanche. La zone touristique intégrée, développée par la SAPCO depuis plusieurs années sur la Petite Côte, accueille déjà des opérateurs de poids, notamment le Groupe Riu et le Groupe Sablux.
L’ambition est désormais d’aller plus loin en positionnant la station comme une destination balnéaire de référence en Afrique de l’Ouest, capable de rivaliser avec des offres comparables sur le continent.
« J’exhorte les promoteurs ayant déjà fait l’objet d’attributions foncières à prendre les dispositions nécessaires pour réaliser les projets touristiques sur lesquels ils se sont engagés », a dit le DG de la Sapco.
La première adjointe au maire de Malicounda, Khoudia Faye, a salué le projet tout en formulant des attentes précises : priorité à l’emploi local dans les recrutements hôteliers, renforcement du dispositif d’assainissement et de gestion des déchets, création d’infrastructures sportives et de loisirs accessibles aux populations…
« Pointe Sarène ne doit pas être spectatrice de son développement, mais pleinement actrice et bénéficiaire de celui-ci », a-t-elle soutenu.
Elle a aussi plaidé pour le lancement de la deuxième phase du complexe Rio Barba, autre projet structurant attendu dans la zone.
La commune, a-t-elle rappelé, n’est pas inactive : un centre de formation en hôtellerie et tourisme à Niani forme chaque année près de 200 jeunes, en partenariat avec l’École nationale de formation hôtelière et touristique de Dakar.
ARD/ac/Sf/APA







