Le 15 juillet 1994 reste associé à l’un des plus importants déplacements de population de l’histoire contemporaine de l’Afrique. Ce jour-là, environ 250 000 réfugiés rwandais franchissent en quelques heures la frontière entre Gisenyi, dans l’ouest du Rwanda, et Goma, dans l’est du Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC), selon les estimations du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et des autorités zaïroises.
Cet afflux massif intervient alors que le Front patriotique rwandais (FPR) poursuit son offensive militaire après la prise de Ruhengeri et s’approche de Gisenyi, dernier bastion des Forces armées rwandaises (FAR). Craignant les combats ou fuyant avec les autorités déchues, des centaines de milliers de civils hutus prennent la route de l’exil, accompagnés de soldats des FAR et de miliciens impliqués dans le génocide contre les Tutsis.
Le HCR, qui avait initialement prévu un afflux de 50 000 personnes, est rapidement débordé par l’ampleur de la crise. En quelques jours, plus d’un million de réfugiés rwandais s’installent dans les camps autour de Goma, où la promiscuité et le manque d’eau potable favorisent une épidémie de choléra et d’autres maladies meurtrières.
La présence, parmi les réfugiés, d’anciens militaires et de responsables du génocide contribuera par la suite à la militarisation des camps et à la déstabilisation durable de l’est du Zaïre. Cette situation est considérée comme l’un des facteurs ayant conduit à la première guerre du Congo en 1996 et aux conflits successifs dans la région des Grands Lacs.
Trois décennies plus tard, le 15 juillet 1994 demeure une date emblématique de l’une des plus graves crises humanitaires qu’ait connues le continent africain, tant par l’ampleur de l’exode que par ses conséquences géopolitiques durables sur la région des Grands Lacs.
Sf/APA







