De la mine au port de Lobito, Kinshasa et Luanda veulent transformer une voie ferrée stratégique en moteur d’intégration régionale, tandis que Washington y voit un levier pour sécuriser l’accès aux minerais critiques.
Le Corridor de Lobito s’est imposé au cœur du rapprochement économique entre la République démocratique du Congo (RDC) et l’Angola, avec la signature du contrat de concession de la ligne ferroviaire congolaise Dilolo-Sakania, en présence des présidents Félix Tshisekedi et João Lourenço.
Longue de 1.004,5 kilomètres, cette ligne constitue le maillon congolais de l’axe ferroviaire reliant les zones minières de la RDC au port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique. La concession, accordée à Mota-Engil Africa pour 30 ans, prévoit un investissement indicatif de 1,258 milliard de dollars destiné aux études, à la réhabilitation, à la modernisation, à l’exploitation et à la maintenance de l’infrastructure.
Pour Félix Tshisekedi, le projet ne doit pas se limiter à un simple corridor d’évacuation des minerais. Kinshasa entend en faire un axe de production, de transformation et de création de valeur, capable de transporter les minerais, mais également des produits agricoles, des intrants industriels, des marchandises et des passagers.
Les deux présidents ont convenu d’accélérer l’interconnexion ferroviaire entre Sakania, Lubumbashi, Kolwezi, Dilolo, Luau et le port de Lobito, ainsi que l’harmonisation des opérations ferroviaires, la facilitation douanière et l’amélioration du passage frontalier entre Dilolo et Luau.
Le développement du corridor doit être accompagné d’infrastructures complémentaires, notamment des routes transfrontalières, des postes-frontières intégrés, des ports secs, des plateformes logistiques, des zones industrielles et des réseaux de fibre optique.
Pour Washington, le Corridor de Lobito constitue également un projet stratégique. Les États-Unis y voient un moyen de renforcer les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et de favoriser de nouveaux investissements privés en Afrique centrale. La Société américaine de financement du développement international (DFC) a notamment manifesté son intérêt pour le financement du projet congolais.
Le corridor doit relier les bassins miniers de la RDC et de la Zambie au port de Lobito, offrant une voie d’exportation vers les marchés internationaux et une alternative aux itinéraires traditionnels vers l’est et le sud du continent.
Parallèlement au projet ferroviaire, Kinshasa et Luanda ont annoncé de nouvelles initiatives dans l’électricité, les hydrocarbures et le commerce. L’Angola prévoit notamment de fournir à la RDC des produits pétroliers raffinés et de l’électricité, tandis que les deux pays veulent accélérer l’exploitation de leur Zone d’Intérêt Commun dans le secteur pétrolier.
Pour les deux dirigeants, l’enjeu est désormais de transformer la frontière entre la RDC et l’Angola en un espace de circulation, de production, d’investissement et de prospérité partagée.
AC/APA







