La bataille judiciaire qui secoue la scène politique ivoirienne prend un nouveau tournant déontologique. L’Union des enseignants du préscolaire et primaire militants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (UEPPM/PDCI) a officiellement saisi le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du barreau de Côte d’Ivoire.
La plainte déposée auprès du Bâtonnier du barreau de Côte d’Ivoire par l’UEPPM/PDCI, vise directement Me Patrice Gueu, conseil de plusieurs plaignants contre le PDCI, mais également cadre actif du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir.
Par la voix de son président Mathias Gossé, l’UEPPM/PDCI soutient que cette situation dépasse le simple cadre de la rivalité politique pour soulever de « sérieuses interrogations relatives à l’éthique, à l’indépendance et à la déontologie de la profession d’avocat ».
L’organisation syndicale emboîte le pas au président du PDCI, Tidjane Thiam, qui dénonçait récemment lors du 66e anniversaire de l’indépendance un « harcèlement judiciaire », s’interrogeant publiquement sur le rôle d’un avocat siégeant par ailleurs à la cellule juridique nationale du RHDP.
Une accumulation de procédures dans le viseur
Pour justifier sa démarche, l’entité du parti d’opposition liste les multiples affaires menées par Me Patrice Gueu contre l’actuelle direction du PDCI. L’avocat, qui exerce également les fonctions de secrétaire départemental du RHDP à Danané, s’est retrouvé en première ligne dans plusieurs dossiers sensibles.
Dans l’affaire de la radiation électorale, Me Gueu a représenté les plaignants lors des 150 recours visant à rayer Tidjane Thiam des listes électorales pour « défaut de nationalité ivoirienne », des demandes rejetées par la CEI le 17 avril 2026 avant de faire l’objet d’un recours devant le tribunal de première instance d’Abidjan Plateau.
En outre, Me Gueu s’est constitué dans les procédures portées par MM. Jean Charles, Golo Patrick (octobre 2025) et Siaba Constant (mai 2026) visant à faire invalider l’élection ou à contester l’éligibilité de Tidjane Thiam, élu président du PDCI à 99,77 % par la base.
L’organisation note qu’à la suite d’une audience, le 30 juillet 2026, l’avocat a déclaré à la presse son intention d’assigner prochainement en justice Tidjane Thiam et Georges Philippe Ezaley (président du comité électoral du 9e congrès) pour contester la tenue du scrutin interne.
Appel à une clarification de l’Ordre des avocats
Pour l’UEPPM/PDCI, cette omniprésence d’un cadre du parti présidentiel derrière des plaintes portées par des dissidents du PDCI met en lumière un « acharnement » destiné à instrumentaliser l’appareil judiciaire au bénéfice d’une autre chapelle politique.
Tout en réaffirmant ne pas contester le droit fondamental d’un citoyen à agir en justice ni celui d’un avocat à défendre ses clients, l’organisation réclame une stricte délimitation entre engagement politique et exercice professionnel.
En portant l’affaire devant le Bâtonnier, les enseignants militants espèrent qu’un examen approfondi de la situation permettra de trancher la question du conflit d’intérêts et de restaurer la clarté éthique nécessaire.
AP/Sf/APA







