Présentée comme un premier succès des nouvelles mesures de régulation en Algérie, la baisse du prix de la banane révèle surtout les contradictions d’une politique oscillant entre ouverture à la concurrence, restrictions administratives et contrôle des marges.
Le prix de la banane en Algérie est retombé lundi autour de 420 dinars, soit environ 2,71 euros le kilogramme.
Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations attribue cette baisse au plafonnement du prix déclaré à l’importation, au renforcement des inspections dans les entrepôts frigorifiques et au suivi des cargaisons depuis les ports jusqu’aux marchés de gros.
Aucune facture supérieure à un dollar, soit environ 0,86 euro par kilogramme, ne doit désormais être acceptée. L’écart avec le prix de détail de 2,71 euros reste toutefois important. Le transport, les droits, le stockage et la distribution peuvent en expliquer une partie, mais les autorités n’en fournissent aucune ventilation précise.
La stratégie gouvernementale comporte également une contradiction manifeste. Le ministère annonce un durcissement des conditions d’importation tout en affirmant vouloir élargir la concurrence. Plus de 460 programmes auraient ainsi été approuvés par les banques, notamment au bénéfice de nouveaux opérateurs.
Mais une multiplication des programmes bancaires ne garantit ni l’arrivée effective des cargaisons ni une concurrence durable. Les volumes attribués, les critères de sélection des opérateurs et la répartition des quotas ne sont pas rendus publics. Le marché reste donc dépendant d’autorisations administratives dont la transparence demeure limitée.
Le cahier des charges oblige également les importateurs à pratiquer des prix de gros jugés «raisonnables». Faute de seuil clairement défini, cette notion laisse une large marge d’appréciation à l’administration. Le plafonnement des factures peut aussi favoriser la sous-facturation s’il n’est pas accompagné de références internationales et de contrôles douaniers rigoureux.
La baisse à 420 dinars apporte un soulagement ponctuel aux consommateurs, mais elle ne démontre pas que les circuits spéculatifs ont été durablement neutralisés. Elle révèle plutôt une régulation d’urgence dans laquelle l’État sélectionne les importateurs, contrôle les prix d’entrée et encadre les marges tout en prétendant renforcer la concurrence.
Sans publication des quotas, des coûts réels et des bénéficiaires des autorisations, cette baisse risque de rester temporaire. Le véritable test ne sera pas le prix observé pendant quelques jours, mais la capacité du gouvernement à garantir durablement l’approvisionnement sans multiplier les interventions administratives contradictoires.
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