Avec plus de 90 000 tonnes de semences certifiées produites, 20 400 producteurs touchés dont 37 % de femmes, 356 essais régionaux conduits et 12 thèses soutenues, en Afrique de l’Ouest, l’initiative a profondément modernisé les systèmes nationaux de sélection variétale tout en consolidant un réseau régional de partage de données et de matériel génétique.
Numérisation des données de terrain, introduction d’outils de génotypage, formation d’une nouvelle génération de chercheurs, production de semences de pré-base de mil, sorgho, fonio et cultures maraîchères : après sept ans de mise en œuvre au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal, le bilan du projet « Renforcement des réseaux et des capacités institutionnelles en Amélioration des plantes pour le développement de cultures résilientes répondant aux besoins des paysans d’Afrique de l’Ouest, communément (ABEE, sigle anglais) » dépasse le seul cadre scientifique.
Cette initiative a généré des résultats tangibles et significatifs, tant en termes de production agricole que de renforcement des capacités.
Sur le volet semencier, les actions ont permis de produire plus de 57 tonnes de semences de prébase, ainsi que des quantités massives de semences certifiées, avec 74 952,6 tonnes produites au Sénégal, 14 628 tonnes au Niger et 1 599 tonnes au Burkina Faso.
L’impact direct auprès des producteurs est également notable : 20 400 producteurs, dont 37 % de femmes, ont bénéficié indirectement des actions, tandis que 10 310 ont été directement touchés par l’introduction de semences améliorées via des parcelles de démonstration.
Sur le plan structurel et régional, le projet a soutenu 12 programmes de sélection (4 par pays), modernisé les infrastructures ainsi que des équipements spécialisés (séchoirs, chambres froides, serres). La coopération régionale a été renforcée par la conduite de 356 essais régionaux et le transfert de 238 variétés.
Enfin, le projet a contribué à la formation d’une nouvelle génération de chercheurs avec 12 thèses et 50 étudiants de licence et master encadrés, et a permis l’inscription de 34 variétés (mil, sorgho, arachide, niébé) dans les catalogues nationaux des trois pays.

L’un des acquis les plus tangibles du projet tient à la modernisation profonde des programmes nationaux de sélection variétale.
« Là où, autrefois, les chercheurs parcouraient des centaines de kilomètres pour collecter des données consignées manuellement, nous disposons aujourd’hui de systèmes permettant un suivi en temps réel et une meilleure précision des analyses », s’est félicité Moustapha Guèye, Directeur général de l’ISRA et représentant le ministre sénégalais de l’Agriculture.
Cette digitalisation des processus s’est accompagnée d’un renforcement substantiel des capacités humaines. Formations diplômantes en biométrie, génétique quantitative et gestion des données, programmes de master et de doctorat pour de jeunes chercheurs, féminisation du personnel scientifique : autant d’investissements dans le capital humain que Simon Vanden Broeke, Chef d’équipe Connectivité et Investissement Durable à la Délégation de l’Union européenne, a salués avec conviction.
« L’Union européenne se félicite des résultats concrets obtenus, notamment en matière de production de semences améliorées, mais aussi de renforcement des capacités humaines », a-t-il déclaré, soulignant également « les efforts en faveur du renouvellement et de la féminisation du personnel scientifique. »
Coordonné par le Conseil Ouest et Centre africain pour la recherche et le développement agricoles (Coraf), ABEE a été exécuté conjointement par l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) du Burkina Faso, l’Institut national de la recherche agronomique du Niger (INRAN), et l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), avec l’appui technique du Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (Cirad) et l’International Budget Partnership (IBP)-AfricaRice.
Le projet ABEE a mis en pratique ce que beaucoup préconisent sans toujours réussir à bâtir une architecture collaborative régionale fonctionnelle.
« L’originalité de ce projet réside dans son approche centrée sur le renforcement des capacités, en plaçant les acteurs au cœur des dispositifs. Cette démarche a permis de moderniser les systèmes de sélection, de mieux intégrer les besoins des producteurs et des marchés, et de renforcer les synergies entre les différents acteurs », a souligné Dr Ibra Touré, Directeur régional du Cirad.
Au-delà des variétés et des semences, c’est donc un réseau régional de partage de ressources génétiques, de données et d’expériences qui a été consolidé — une infrastructure invisible mais décisive pour accélérer le progrès génétique à l’échelle de la sous-région.
« Ces réalisations contribueront à asseoir durablement des programmes de sélection à même de répondre efficacement aux besoins des pays en matière de variétés adaptées aux conditions climatiques toujours en mutation », s’est réjoui Dr Moumini Savadogo, Directeur Exécutif du Coraf.
Des défis qui demeurent, une ambition à amplifier
Malgré les résultats probants enregistrés, des obstacles persistent. La pandémie de Covid-19, les tensions sécuritaires dans certains pays du Sahel, des retards dans la justification des dépenses : autant de facteurs qui ont contraint l’Union européenne à prolonger le projet de dix-huit mois.
Sur le terrain, la réalité reste contrastée. Selon Moustapha Guèye, au Sénégal, le taux d’utilisation des semences certifiées ne dépasse pas 6 % pour certaines cultures, et reste inférieur à 15 % pour l’arachide.
Dans le secteur maraîcher, la dépendance aux semences importées demeure très forte. « Il ne peut y avoir de souveraineté alimentaire sans souveraineté semencière », a-t-il martelé, appelant à une implication accrue du secteur privé dans la structuration des systèmes semenciers.
Simon Vanden Broeke, pour sa part, a insisté sur la nécessité de « renforcer les synergies entre les différents projets de recherche et de développement, afin de faciliter le passage à l’échelle des innovations. »
Le Dr Touré a abondé dans le même sens, rappelant que les défis de sécurité alimentaire, d’adaptation climatique, et d’emploi des jeunes « nécessitent des réponses collectives, coordonnées et ambitieuses » et que le projet ABEE a démontré que « ces réponses sont possibles lorsque les partenariats sont solides et que les objectifs sont partagés. »
ARD/Sf/te/APA







