L’élimination d’Abu-Bilal al-Minuki, présenté par Washington comme le numéro deux mondial de l’État islamique (EI), a été saluée vendredi par les présidents Trump et Tinubu comme un coup décisif contre le terrorisme international. Des experts appellent pourtant à la prudence, tant sur la confirmation du décès que sur ses effets réels à court terme.
Les forces armées nigérianes et américaines ont éliminé Abu-Bilal al-Minuki, désigné numéro deux de l’organisation État islamique (EI) à l’échelle mondiale, dans le cadre d’une opération antiterroriste conjointe menée dans la nuit du 15 au 16 mai 2026, ont annoncé simultanément les présidents Donald Trump et Bola Ahmed Tinubu.
Originaire de l’État de Borno (nord-est), né en 1982, al-Minuki avait été placé en 2023 sur la liste américaine des « terroristes mondiaux spécialement désignés » en raison de son appartenance à l’EI. Connu localement sous le nom d’Abubakar Mainok -du nom de sa ville natale dans le nord-est du Nigéria-, il s’était imposé comme l’un des commandants de terrain les plus redoutés du groupe ISWAP, la branche dissidente de Boko Haram affiliée à l’EI. Le département d’État l’identifiait comme membre de la Direction générale des provinces, l’organe administratif chargé de coordonner les orientations financières et opérationnelles du groupe à l’échelle planétaire.
Le président Trump, qui a annoncé l’opération sur Truth Social, a précisé que la mission avait été conduite « à sa direction » et visait « le terroriste le plus actif au monde ». Il a affirmé qu’al-Minuki « ne terrorisera plus les populations africaines ni ne contribuera à planifier des opérations contre des Américains ».
Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a confirmé que l’opération avait visé le complexe du chef jihadiste dans le bassin du lac Tchad, précisant que plusieurs de ses lieutenants avaient également été neutralisés. Il a salué « le professionnalisme et le courage » des personnels des deux pays engagés dans l’opération.
Un acteur central de l’ISWAP depuis une décennie
Vincent Foucher, chercheur spécialiste de l’insurrection jihadiste dans le nord du Nigéria, dresse un portrait nuancé du personnage et de la portée de son élimination. Selon lui, Mainok avait émergé comme commandant de terrain dans le nord du Borno avant d’être mandaté par Abubakar Shekau pour diriger les opérations dans le bassin du lac Tchad. Lors de la scission de 2016 entre Boko Haram et ISWAP, ayant porté Habib Yusuf à la tête de la faction liée à l’EI, il avait rallié les critiques de Shekau et s’était imposé, au fil des années, comme l’un des piliers de la direction d’ISWAP. Il était souvent décrit comme le véritable chef opérationnel du mouvement, son supérieur hiérarchique Habib Yusuf étant moins impliqué dans les opérations quotidiennes.
Le chercheur souligne également la dimension transnationale du personnage : Mainok aurait à un moment dirigé l’office Al-Furqan, qui supervise la province sahélienne de l’EI (EIS) en plus de l’ISWAP, avant d’être mentionné à la tête de la Direction générale des provinces — ce qui expliquerait que Trump le qualifie de « numéro deux mondial » de l’organisation.
Sur la crédibilité de l’annonce, Vincent Foucher appelle à la prudence, rappelant que les autorités nigérianes avaient déjà annoncé la mort de Mainok en 2024 — comme elles l’avaient fait à plusieurs reprises pour Abubakar Shekau avant sa mort effective en 2021. Il estime toutefois que l’annonce américaine est probablement fiable.
« Les États-Unis sont généralement sérieux sur ce type d’annonces, et ils disposent de capacités d’interception », note-t-il, tout en déplorant que la surenchère des autorités nigérianes dans la revendication de victoires nuise à leur crédibilité.
Quant à l’impact sur ISWAP, le chercheur tempère tout triomphalisme : « Les frappes de décapitation ne semblent pas avoir beaucoup d’impact à court terme sur l’EI — ce sont des collectifs solides, avec des instances de régulation, et d’autres dirigeants peuvent être formés. »
Les États-Unis avaient déployé plus tôt en 2026 quelque 200 soldats ainsi que des drones MQ-9 en appui aux forces nigérianes dans un rôle non combattant, et conduit des frappes contre des militants liés à l’EI au Nigéria en décembre 2025.
AC/Sf/APA






