À Dakar, autorités et partenaires techniques mettent l’accent sur la maîtrise des contrats de travaux, jugée déterminante pour améliorer l’exécution, sécuriser les investissements et renforcer la performance globale de la commande publique.
Et si la véritable faiblesse de la commande publique ne se situait pas dans l’attribution des marchés, mais bien dans leur exécution ? À Dakar, experts et décideurs appellent à un changement de cap, en plaçant la gestion rigoureuse des contrats de travaux au cœur des réformes pour garantir des résultats concrets sur le terrain.
Organisée du 4 au 8 mai par l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), à travers son centre de formation (IRCOP), une session internationale dédiée aux contrats FIDIC réunit des experts issus de onze pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre autour des standards du Livre Rouge.
Prenant la parole, Lamine Samb, directeur de la formation et de l’appui technique de l’ARCOP, a insisté sur le rôle structurant des marchés de travaux dans l’ensemble du dispositif. « Leur maîtrise permet non seulement de sécuriser leur poids économique, mais aussi de mieux encadrer les autres segments, notamment les fournitures et les prestations intellectuelles », a-t-il expliqué.
Malgré les avancées enregistrées, les principaux défis persistent dans la phase d’exécution. Les rapports d’audit, notamment ceux de la Cour des comptes, pointent régulièrement des insuffisances dans le suivi des contrats. « L’exécution reste l’un des maillons faibles du système », a reconnu le responsable, appelant à une meilleure opérationnalisation des mécanismes existants.
Cette analyse est partagée par les partenaires techniques. Représentant la Banque mondiale, Kouami Messan a rappelé que la performance d’un projet ne se mesure pas à la signature du contrat, mais à sa capacité à produire des résultats concrets dans le respect des délais, des coûts et de la qualité.
Il a relevé plusieurs sources récurrentes de difficultés, notamment les erreurs d’interprétation des clauses, la gestion insuffisante des risques, les retards de paiement ou encore les litiges mal encadrés.
Dans ce contexte, les contrats FIDIC offrent un cadre international structuré fondé sur une répartition claire des responsabilités et des risques. Mais leur efficacité repose sur une compréhension fine des mécanismes contractuels et sur le rôle central de l’ingénieur dans le suivi de l’exécution.
Au-delà des outils, les autorités sénégalaises misent sur une approche globale intégrant rigueur technique, responsabilité partagée et exigence éthique. « Il s’agit d’impliquer à la fois les autorités contractantes et le secteur privé dans une dynamique de transparence, d’équité et de soutenabilité », a souligné M. Samb.
Le Directeur général de l’ARCOP, Moustapha Djitté, a pour sa part mis en garde contre les risques d’asymétrie d’information entre acteurs publics et privés. Selon lui, une meilleure maîtrise des contrats est indispensable pour préserver les intérêts de l’État, en particulier face à des opérateurs souvent mieux outillés.
Il a insisté sur le fait que les difficultés ne résident pas dans la passation, largement encadrée, mais dans la gestion des incidents en phase d’exécution, notamment les modifications contractuelles, les différends ou les arbitrages.
Pour y remédier, l’ARCOP a engagé un vaste chantier de professionnalisation, avec des programmes de certification en cours, le développement de masters spécialisés en commande publique et un projet de doctorat professionnel inédit en Afrique.
Sur le plan pédagogique, la formation adopte une approche participative fondée sur le partage d’expériences et l’ouverture aux pratiques internationales. Le formateur principal, Yann schneller, a souligné que le contrat FIDIC constitue avant tout un support pour approfondir l’ensemble des concepts liés aux contrats de construction.
« Le succès des projets dépend essentiellement des personnes qui exécutent ces contrats », a-t-il rappelé, invitant les participants à une implication active.
Par ailleurs, des avancées notables ont été enregistrées sur le plan réglementaire, notamment en ce qui concerne les marchés sensibles classés « secret défense ».
Longtemps marqués par une forte opacité, ces contrats font désormais l’objet d’un encadrement plus strict, avec l’intervention d’une commission spécialisée et une meilleure traçabilité. « Il ne s’agit plus d’un classement arbitraire, mais d’un processus encadré et contrôlé », a précisé M. Samb.
La formation s’inscrit dans un contexte où les engagements financiers sont particulièrement élevés. La Banque mondiale, principal partenaire, compte à elle seule plus de 350 projets actifs en Afrique de l’Ouest et du Centre, pour un montant estimé à 58 milliards de dollars.
Cette dynamique impose une gestion rigoureuse des contrats afin de garantir l’efficacité des investissements publics et de maintenir la confiance des partenaires.
Au-delà des enjeux économiques, la maîtrise des contrats FIDIC est également présentée comme un levier pour promouvoir une commande publique plus durable, intégrant désormais des exigences environnementales et sociales.
À travers cette initiative, les autorités sénégalaises entendent renforcer la gouvernance de la commande publique et améliorer l’impact des projets au bénéfice des populations, en misant sur une meilleure maîtrise des marchés de travaux et des standards internationaux.
ARD/ac/APA







