Le Front de libération de l’Azawad (FLA) refuse l’initiative gouvernementale de Charte nationale pour la paix et écarte tout dialogue avec les autorités de transition, tandis que l’armée malienne annonce la saisie d’un arsenal qui lui était destiné.
Le Front de libération de l’Azawad (FLA) a rejeté jeudi la Charte nationale pour la paix et la réconciliation remise au président de transition Assimi Goïta, écartant dans un communiqué toute forme de dialogue avec les autorités maliennes.
Dans une déclaration rendue publique depuis Kidal, le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, estime que ce document « loin d’être le produit d’un véritable processus de paix » constitue une « manœuvre politique dilatoire » destinée à « redorer l’image ternie d’un régime sans légitimité ».
Refus de dialogue
Le mouvement indépendantiste précise qu’il ne sollicite « aucune médiation » et n’envisage « aucune forme de négociation avec un régime militaire illégitime ». Selon le FLA, « ni le formalisme creux dudit document, ni la suffisance arrogante des propos du chef de la junte criminelle de Bamako, ne sauraient altérer notre engagement constant et indéfectible en faveur de la reconquête totale du territoire de l’Azawad ».
Le FLA maintient sa position de « faire entendre la voix du peuple de l’Azawad, défendre ses droits et restaurer sa dignité, en toute indépendance ».
Cette position tranche avec l’accueil réservé à la charte par les autorités de transition. Le Premier ministre avait qualifié le texte de « rendez-vous avec la souveraineté », tandis qu’Assimi Goïta avait salué « un travail exemplaire et indispensable pour rebâtir la cohésion nationale ».
La charte, composée de 16 titres, 39 chapitres et 106 articles, avait été présentée comme une « alternative souveraine » à l’accord d’Alger dénoncé en janvier 2024. Le document prévoit des mécanismes pour résoudre les conflits communautaires et réintégrer les ex-combattants.
Saisie d’arsenal
Parallèlement, l’état-major général des armées maliennes a annoncé mardi soir la saisie d’un arsenal destiné au FLA, qualifié d’« organisation terroriste ». Le matériel intercepté comprend 20 canons pneumatiques, 4 000 turbines, 3 280 paires de rangers, 4 000 tenues treillis et 1 040 écussons portant le nom du mouvement.
Selon l’armée malienne, ces équipements « confectionnés dans un pays d’Asie puis expédiés dans un pays de la sous-région » visaient à renforcer la logistique du groupe. La saisie a été réalisée grâce à une coordination entre les services de renseignement des pays membres de la Confédération des États du Sahel (AES).
Le commandement militaire affirme que cette opération « confirme l’implication d’entités étrangères dans le soutien aux groupes terroristes ». Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions avec l’Ukraine, accusée par Bamako de soutenir la rébellion malienne après les affrontements de juillet 2023 près de Tinzaoutene.
Ces événements avaient conduit le Mali, le Burkina Faso et le Niger à saisir les Nations Unies contre Kiev. Le Mali et le Niger avaient rompu leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine.
Contexte tendu
Le rejet de la charte par le FLA intervient dans un climat sécuritaire fragile, marqué par des tensions armées persistantes au nord et au centre du Mali. Le texte, remis avec quatre mois de retard sur le calendrier initial, était issu de consultations menées dans toutes les régions, le district de Bamako et auprès de la diaspora.
Des enquêtes judiciaires sont en cours concernant la saisie d’armes, selon l’état-major. Le texte de la charte doit être examiné par les institutions compétentes, avec la possibilité d’un référendum populaire d’ici la fin de l’année.
AC/Sf/APA







