La plateforme « SOURCE » que lance le Sénégal est un outil qui devrait permettre de transformer la gouvernance des projets d’infrastructures en facilitant la mise en relation entre acteurs public et privé.
Face à un contexte marqué par une dette publique élevée et un besoin pressant d’investissements durables, le Sénégal franchit un cap important dans la modernisation de sa gouvernance publique. Le gouvernement a procédé ce lundi au lancement de « SOURCE PPP Sénégal », une plateforme numérique innovante destinée à digitaliser l’ensemble du cycle des contrats de partenariat public-privé (PPP).
Ce nouvel outil, présenté comme un accélérateur de transparence, d’efficacité et d’attractivité pour les investisseurs, vise à rendre les projets plus bancables, mieux suivis et plus cohérents avec la stratégie nationale de développement à l’horizon 2050.
Présidant la cérémonie, le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a souligné que cette initiative s’inscrit dans la vision portée par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, qui placent la digitalisation au cœur de la transformation de l’administration publique.
« SOURCE PPP Sénégal apporte des avancées majeures. Elle permet une procédure digitalisée de bout en bout, de la préparation à la signature, tout en réduisant les délais et les coûts administratifs », a déclaré le ministre.
La plateforme respecte les standards internationaux et les exigences de la loi sénégalaise n°2021-23 relative aux PPP. Elle offre une accessibilité nationale, garantissant une diffusion homogène des appels à projets et des contrats.
Un outil stratégique dans un contexte de forte contrainte budgétaire
Abdourahmane Sarr a aussi profité de l’occasion pour alerter sur le niveau préoccupant de la dette publique du Sénégal, estimée à près de 119 % du PIB.
« Si nous avions davantage privilégié les partenariats publics-privés, nous n’aurions pas eu à cumuler autant de vérifications et de bilans de l’État », a-t-il reconnu.
Insistant sur la nécessité d’une nouvelle approche, il a proposé une stratégie structurée autour du triptyque PDRF – Préparer, Dérisquer, Financer-, qui permettrait à l’État de mobiliser des ressources hors bilan tout en limitant les risques.
Pour Christophe Dossarps, directeur exécutif de la Fondation pour les infrastructures durables (SIF, sigle anglais), l’un des partenaires du projet, le succès des PPP repose avant tout sur la qualité de la donnée. « On ne peut pas s’améliorer si on ne peut pas mesurer. Et pour mesurer, il faut des données », a-t-il affirmé.
Il a évoqué une étude menée auprès des pays du G20 qui révèle que 90 % d’entre eux collectent encore leurs données de manière semi-manuelle, souvent via Word, Excel ou PDF. Cela limite, selon lui, la prise de décision en temps réel et la qualité des projets financés.
« SOURCE permet de collecter des données systématiquement, de manière transparente et en temps réel. C’est ce dont les gouvernements et les investisseurs ont besoin », a-t-il soutenu.
Dossarps a également salué le leadership du Sénégal, qui, selon lui, « est plus avancé que plusieurs pays du G20 dans sa digitalisation des infrastructures. »
Un soutien fort de l’Allemagne
Casjen Ohnesorge, chef de la coopération à l’ambassade d’Allemagne au Sénégal, a pour sa part salué l’ambition du pays dans la promotion d’infrastructures durables.
« Le manque de projets bancables est un obstacle majeur au développement durable. SOURCE constitue un outil essentiel pour renforcer la transparence, l’efficacité et la coopération entre les acteurs publics et privés », a-t-il déclaré.
Il a rappelé que cette initiative s’inscrit dans l’engagement de l’Allemagne via l’initiative européenne Global Gateway, ainsi que dans le partenariat du G7 pour les infrastructures mondiales, qui vise à mobiliser 600 milliards de dollars d’ici 2027 pour des projets durables.
Le ministre Abdourahmane Sarr a lancé un appel à l’appropriation collective de l’outil par l’ensemble des ministères, agences d’exécution et entreprises publiques.
« Votre engagement collectif garantira la réussite de cette transformation numérique et permettra de concrétiser la vision du Chef de l’État en matière d’infrastructures durables et inclusives », a-t-il conclu.
ARD/Sf/APA





