En Éthiopie, une vaste campagne de vaccination contre la polio a permis d’immuniser plus de 15 millions d’enfants en février 2025. Grâce à une approche porte-à-porte et à une mobilisation nationale, le pays renforce sa lutte contre les formes dérivées du virus, tout en intégrant d’autres interventions de santé publique.
À Furustale, un village de la région d’Oromia en Éthiopie, Meseret Gelaw n’a pas hésité une seconde. Pour cette mère de famille, faire vacciner son fils de 8 mois contre la poliomyélite était une priorité absolue.
« Je veux que mon enfant grandisse en bonne santé, à l’abri de maladies comme la polio. Lorsque j’ai entendu parler de la campagne de vaccination, j’ai veillé à ce qu’il soit parmi les premiers à recevoir le vaccin », confie-t-elle, son bébé blotti contre elle.
Comme elle, des millions de parents éthiopiens ont participé à la campagne nationale de vaccination contre la polio, menée du 22 au 25 février 2025 dans dix régions du pays. Au total, plus de 15,3 millions d’enfants de moins de 5 ans ont été vaccinés avec le nouveau vaccin antipoliomyélitique oral de type 2 (nVPO2), préqualifié par l’OMS, dépassant l’objectif initial de 14,8 millions, avec une couverture estimée à 103 %.
Parmi eux, 104 000 enfants n’ayant jamais reçu de vaccin ont été identifiés, dont près de 60 % ont été vaccinés. La campagne a aussi permis de repérer 1 491 enfants atteints de pied bot, orientés vers des interventions correctives.
Le lancement officiel s’est tenu dans la région Somali, en présence du ministre d’État à la Santé, Dr Dereje Duguma, et du président régional, Mustefa Mohamed.
« Cette vaccination intégrée contre la polio permettra d’atteindre les enfants sous-vaccinés ou non vaccinés qui n’ont pas reçu leurs vaccins de routine », a souligné Dr Duguma, appelant les familles à saisir cette occasion vitale.
De son côté, Mustefa Mohamed a insisté sur l’engagement régional, en affirmant : « Cette campagne jouera un rôle essentiel dans l’effort d’éradication de la polio. Le renforcement de l’intégration est essentiel pour obtenir des résultats positifs en matière de santé. »
L’approche porte-à-porte, combinée à d’autres interventions sanitaires, a été cruciale. Elle a facilité l’identification des enfants non vaccinés et a contribué à renforcer la sensibilisation communautaire. L’OMS, l’Institut éthiopien de santé publique et l’UNICEF ont joué un rôle de premier plan dans la coordination, la logistique et la formation de plus de 90 agents de santé. Des outils numériques comme Open Data Kit (ODK) ont permis un suivi en temps réel des opérations.
Sur le terrain, des observateurs indépendants ont évalué la qualité de la campagne dans la moitié des régions concernées, apportant des ajustements immédiats pour améliorer les résultats. Les agents de l’OMS et les consultants de l’équipe STOP (Stop Transmission of Polio) ont également participé à la planification, à l’inventaire de la chaîne du froid et à l’encadrement des équipes.
Après la campagne, des opérations de ratissage ciblées ont permis de rattraper les enfants que le premier passage n’avait pas touchés.
L’Éthiopie utilise le vaccin nVPO2 depuis octobre 2021, en réponse à des cas de poliovirus dérivé d’une souche vaccinale (PVDVc), un variant qui émerge lorsque le virus atténué du vaccin circule dans des communautés à faible couverture vaccinale.
« Nous restons déterminés à soutenir les régions, zones et woredas pour atteindre une couverture élevée dans toutes les interventions intégrées, renforcer l’immunité et prévenir les maladies évitables », a déclaré le Dr Fadinding Manneh, coordinateur de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) en Éthiopie.
Grâce au soutien financier de la Fondation Gates et du Rotary International, cette campagne s’inscrit dans l’initiative africaine du « Grand Rattrapage », qui vise à rattraper les vaccinations manquées par des millions d’enfants à travers le continent.
Pour Meseret, cette action est bien plus qu’une simple piqûre, indiquant que « c’est un soulagement de savoir que mon fils est désormais protégé. Ce simple geste pourrait préserver son avenir des ravages de la polio. »
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