Les Premiers ministres du Sénégal, du Niger et du Burkina Faso, aux côtés du patron de la ZLECAf et de l’homme d’affaires Aliko Dangote, ont ouvert le Forum Invest in Sénégal par un plaidoyer pour une Afrique souveraine, intégrée et maîtresse de ses ressources.
La deuxième édition du Forum Invest in Sénégal s’est ouverte mardi 7 octobre à Diamniadio par un panel inaugural consacré à la « Renaissance africaine ». Réunissant les Premiers ministres du Sénégal, du Niger et du Burkina Faso, le Secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, et l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, cette rencontre de haut niveau a mis en lumière les défis de la souveraineté économique, de la gouvernance endogène et de l’intégration régionale.
Une rupture revendiquée par le Burkina Faso
Intervenant en premier, le Premier ministre burkinabè, Jean Emmanuel Ouédraogo, a exprimé la gratitude de son pays envers le Sénégal et salué la vision du président du Faso, Ibrahim Traoré, qu’il a qualifiée de « révolution progressiste populaire ». Il a dressé le tableau d’un Burkina Faso en pleine refondation, engagé dans une lutte pour sa sécurité et sa dignité nationale, au cœur d’un Sahel confronté à des défis multiples.
Pour M. Ouédraogo, cette transformation passe par la consolidation de l’architecture de défense, la réforme de l’administration et une meilleure redistribution des richesses minières. Il a toutefois averti que « l’investissement ne doit pas être l’autre nom de l’exploitation » et que l’Afrique ne saurait bâtir son avenir sur des accords « injustes » dictés de l’extérieur.
Dans un plaidoyer vibrant, il a insisté sur la reconquête identitaire et culturelle comme condition de la souveraineté, appelant les jeunes à « être fiers de leur histoire » et à « briser toutes les chaînes » qui maintiennent le continent dans la dépendance.
Le Niger, entre refondation et autonomie économique
Prenant la parole à son tour, le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a résumé la vision de son gouvernement autour de trois mots : décision, confiance et action. Il a présenté la période actuelle comme celle d’une « refondation » entamée depuis le 26 juillet 2023, portée par une volonté ferme de restaurer la souveraineté nationale dans tous les domaines.
Évoquant les décisions de rupture prises depuis, notamment le départ des forces étrangères, M. Zeine a déclaré que « plus un seul soldat étranger n’est présent sur le territoire nigérien », soulignant l’orientation stratégique vers une sécurité maîtrisée par les forces nationales.
Sur le plan économique, il a mis en avant les progrès réalisés dans le domaine énergétique : la part des importations d’électricité, qui atteignait près de 80 %, a été ramenée à moins de 30 %, avec pour objectif une autosuffisance complète à court terme. Il a également cité les réformes menées dans l’agriculture et l’investissement, notamment la révision du code des investissements et la promotion de grands projets d’irrigation.
S’appuyant sur les richesses naturelles du pays-gaz, pétrole, uranium, énergie solaire et terres arables-, le Premier ministre a invité les investisseurs à venir « dans un esprit de partenariat équitable », tout en précisant que « l’époque où l’on venait, on prenait et on partait est révolue ».
La ZLECAf, moteur d’une intégration continentale en marche
Le Secrétaire général de la ZLECAf , Wamkele Mene, a replacé le débat dans une perspective panafricaine, rappelant que l’idéal d’un marché unique africain remonte à 1963, lors de la création de l’OUA. Pour lui, la fragmentation du continent – marquée par 42 monnaies et des frontières économiques rigides – constitue l’un des principaux obstacles à la transformation structurelle de l’Afrique.
Il a cité plusieurs leviers de changement, dont la mise en place du Système panafricain de paiements et de règlements (PAPSS), permettant les transactions en monnaies locales, et la nécessité de réduire les coûts logistiques interafricains. M. Mene a également souligné les pertes dues à la dépendance extérieure : plus de 50 milliards de dollars dépensés chaque année pour importer des produits alimentaires et 20 milliards pour les produits pharmaceutiques avant la pandémie.
Selon lui, seule une intégration économique accélérée et une industrialisation coordonnée permettront de « transformer les matières premières africaines sur le sol africain » et d’offrir des emplois à la jeunesse.
Aliko Dangote exhorte les Africains à investir chez eux
L’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote a pour sa part lancé un appel clair aux investisseurs africains : « Si nous ne croyons pas en notre continent, personne ne le fera à notre place. »
Il a encouragé les gouvernements à faciliter les voyages, à simplifier les procédures de visa et à fluidifier la circulation des biens et des capitaux.
Prenant exemple sur ses propres initiatives industrielles, il a cité la mise en service d’une usine d’urée de 2,5 milliards de dollars, reliée à un gazoduc de 118 km, ainsi que trois projets totalisant près de 3 milliards de dollars en Éthiopie. Selon lui, la prospérité africaine passe par une industrie forte, une agriculture modernisée et des infrastructures bancaires solides.
Ousmane Sonko : une souveraineté économique ouverte et maîtrisée
Clôturant le panel, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a défendu une conception pragmatique de la souveraineté, fondée sur « la confiance en soi, la discipline budgétaire et l’exploitation rationnelle des ressources ». Il a affirmé que le Sénégal a engagé un plan de redressement économique et social centré sur les capacités endogènes, tout en maintenant des partenariats extérieurs équilibrés.
M. Sonko a évoqué les réformes fiscales destinées à générer près de 6 000 milliards de francs CFA sur trois ans, ainsi que la volonté de transformer localement les ressources énergétiques issues des gisements gaziers sénégalo-mauritaniens.
Pour lui, la souveraineté n’est pas un repli, mais « la capacité à dialoguer d’égal à égal », dans le cadre de partenariats « gagnant-gagnant ». Il a appelé à un « courage politique » pour repenser les règles du multilatéralisme et renforcer les mécanismes d’intégration monétaire et commerciale régionale.
Une convergence sur la voie de la Renaissance africaine
De l’appel à la fierté identitaire du Burkina à la stratégie de refondation du Niger, en passant par la vision intégratrice de la ZLECAf, le volontarisme économique de Dangote et le pragmatisme souverainiste du Sénégal, le panel a offert une convergence rare autour d’une même ambition : bâtir une Afrique souveraine, industrialisée et solidaire.
Tous ont insisté sur la nécessité d’un investissement endogène, d’une gouvernance responsable et d’une intégration économique concrète pour transformer le potentiel du continent en prospérité réelle.
La rencontre a donné le ton du Forum Invest in Sénégal 2025, qui se poursuit ce mercredi 8 octobre, appelé à devenir une plateforme stratégique d’échanges entre décideurs politiques, entrepreneurs et investisseurs autour d’un objectif commun : faire de la souveraineté africaine un moteur de développement partagé.
AC/Sf/APA






