À la télévision nationale, le Comité militaire pour la refondation (CMR) a annoncé la destitution du président Patrice Talon, invoquant des dérives sécuritaires, sociales et économiques, tandis que la situation reste confuse à Cotonou.
Des militaires regroupés au sein du Comité militaire pour la refondation (CMR) ont proclamé dimanche la destitution du président Patrice Talon et la prise du pouvoir à Cotonou, selon un communiqué diffusé à la télévision publique. Les officiers ont également désigné le lieutenant-colonel Tigri Pascal comme président du comité.
Avant d’annoncer l’installation du comité, les putschistes ont exposé les motifs de leur action. Ils dénoncent la dégradation sécuritaire au nord du pays, l’abandon des familles des soldats tombés au front, ainsi que des dysfonctionnements dans les forces armées, incluant des promotions injustes et des mises à la retraite forcées.
Sur le plan social, le CMR cite la radiation de fonctionnaires, la suppression de la prise en charge des patients dialysés et la marginalisation du corps enseignant via la catégorie des AME. Les militaires dénoncent également la mauvaise gestion du secteur agricole et des mesures fiscales jugées « étouffantes ».
Au plan économique, ils évoquent la confiscation des secteurs stratégiques par une minorité, la gestion opaque des emprunts publics et l’attribution non transparente des marchés publics. Sur le plan politique, ils dénoncent l’exclusion d’opposants, des arrestations « sur fond d’intimidation » et le vote de « lois chrisogènes ».
Cette annonce intervient alors que le Bénin se prépare à une présidentielle en 2026, à laquelle le président sortant ne devait pas participer après avoir achevé ses deux mandats. Le camp présidentiel avait choisi le ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, comme candidat, tandis que l’opposition, Les Démocrates, a été empêchée de participer.
Le CMR a annoncé la suspension de la Constitution de novembre 2025, la dissolution des institutions, la suspension des partis politiques et la fermeture des frontières. L’armée prévoit d’exercer « la plénitude des pouvoirs » durant la transition.
Les fonctionnaires et travailleurs sont invités à poursuivre leurs activités « avec discipline » et la population à « vaquer librement à ses occupations ». Le comité a également assuré le respect des engagements internationaux et des droits humains.
Pour l’heure, rien n’indique que le coup d’État soit pleinement consommé, et la situation reste confuse dans plusieurs quartiers de Cotonou.
Si l’intervention aboutit, ce serait le deuxième coup d’État en moins de deux semaines dans la région ouest-africaine et dans l’espace Cédéao, après le putsch du mercredi 26 septembre en Guinée-Bissau contre le président sortant Umaro Sissoco Embalo.
AC/Sf/APA







