Les attaques menées contre de grandes enseignes britanniques par le groupe Scattered Spider illustrent la sophistication et la brutalité des nouvelles cybermenaces, qui guettent aussi les commerçants africains en pleine transformation numérique.
En avril, deux des plus grandes chaînes de distribution britanniques ont été victimes d’une cyberattaque massive du groupe Scattered Spider. L’opération a entraîné de lourdes pertes financières, des perturbations des opérations et des violations de données clients. Marks & Spencer (M&S) a enregistré des pertes estimées à 300 millions de livres sterling (environ 7,3 milliards de rands) et vu sa chaîne d’approvisionnement perturbée durant plusieurs semaines, tandis que sa valeur boursière a fondu de plus d’un milliard de livres. La chaîne Co-op a subi une fuite de données clients, tandis que Harrods a pu contenir une tentative d’intrusion sans impact sur ses services en ligne.
« Ces attaques ne se limitent pas au vol de données, elles paralysent des systèmes entiers. Dans le commerce de détail, un arrêt des opérations se traduit immédiatement par des pertes de ventes, une perte de confiance et d’image », souligne Anna Collard, vice-présidente chargée de la stratégie de contenu chez KnowBe4 Africa.
Un nouveau type de cybercriminels
Contrairement aux groupes traditionnels de rançongiciels, Scattered Spider se distingue par sa structure décentralisée, ses membres anglophones natifs et une grande capacité d’adaptation.
« Ce ne sont pas des hackers isolés, mais des réseaux proches du crime organisé, financés et coordonnés », précise Collard.
Composés parfois de jeunes de 19 ans seulement, ses membres utilisent des plateformes comme Discord et Telegram pour planifier leurs actions, et excellent dans l’ingénierie sociale : usurpation d’identité, hameçonnage vocal (vishing) ou technique de « fatigue MFA » (bombarder un employé de notifications d’authentification jusqu’à ce qu’il cède par lassitude). Ils exploitent aussi les failles organisationnelles, comme les systèmes obsolètes ou des politiques de sécurité mal appliquées, et manipulent les services d’assistance pour se faire réinitialiser des identifiants, avant de déployer un ransomware. Résultat : des systèmes chiffrés, des opérations bloquées et une reprise d’activité coûteuse.
L’Afrique particulièrement vulnérable
Avec la numérisation rapide des commerces en Afrique du Sud, au Nigéria ou au Kenya — adoption des caisses dans le cloud, plateformes de gestion des stocks et programmes de fidélité —, la surface d’attaque ne cesse de croître. Le télétravail, la rotation rapide du personnel et des équipes informatiques débordées accentuent ces vulnérabilités. En Afrique du Sud, la maîtrise généralisée de l’anglais facilite même les techniques d’ingénierie sociale des groupes anglophones.
« Nos dirigeants connaissent ces risques, mais il leur faut désormais établir des priorités claires », avertit Collard. Lors du ITWeb Security Summit de mai dernier, Duncan Rae, responsable cybersécurité chez Pepkor IT, constatait que les équipes de sécurité sont submergées par la complexité des menaces et la prolifération d’outils parfois contre-productifs. Il plaide pour revenir aux fondamentaux : gérer le facteur humain, limiter l’exposition aux tiers et consolider les systèmes existants.
Changer de culture
Les failles les plus fréquentes touchent aux contrôles d’accès, à la gestion des partenaires et à la sécurité cloud.
« Les attaquants n’ont pas besoin de forcer l’entrée s’ils peuvent simplement se connecter », rappelle Collard. Elle insiste sur la formation des équipes en première ligne — agents de service client et d’assistance — pour qu’elles détectent les tentatives de manipulation, et sur l’intégration de la cybersécurité dans les décisions stratégiques.
« La cybersécurité n’est plus un simple problème technique : c’est un risque d’entreprise au plus haut niveau », dit-elle.
Trop souvent perçue comme une formalité, la formation doit pourtant être concrète, adaptée culturellement et, si possible, en langues locales.
« Un attaquant pourrait-il piéger votre service d’assistance ? Vos employés sauraient-ils réagir à une tentative d’ingénierie sociale ? », questionne Collard. « Si la réponse est non, votre organisation est vulnérable. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut agir vite en investissant dans le facteur humain. »
Elle conclut : « La cyber-résilience est une responsabilité collective. Dans un monde interconnecté, apprendre des crises des autres est l’une des meilleures défenses possibles. »
GIK/lb/ac/Sf/APA avec APO GROUP







