Classée parmi les pays africains les moins exposés aux risques de blanchiment d’argent selon l’Indice AML 2025 de Bâle, la Tunisie bénéficie d’un positionnement favorable, qui masque toutefois des vulnérabilités structurelles et un contexte institutionnel encore sous surveillance.
La Tunisie figure parmi les pays africains les moins vulnérables aux risques de blanchiment d’argent et de criminalité financière, selon le Basel Anti-Money Laundering Index 2025, publié le 8 décembre par le Basel Institute on Governance. Avec un score de 4,75 sur 10, le pays se classe quatrième en Afrique sur 48 États évalués et occupe la 119ᵉ position mondiale sur 177 pays et territoires.
Ce résultat place la Tunisie dans la catégorie des pays à risque « moyen bas », à la frontière du seuil de faible vulnérabilité fixé à 4,70 points. Il la situe devant plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient réputés plus exposés, et reflète, selon les auteurs du rapport, l’existence d’un cadre juridique et réglementaire globalement aligné sur les standards internationaux en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Cette performance repose notamment sur des textes législatifs conformes aux recommandations du Groupe d’action financière (GAFI), ainsi que sur des mécanismes institutionnels de contrôle jugés relativement fonctionnels. L’indice de Bâle s’appuie sur 17 indicateurs agrégés autour de cinq axes, dont la qualité du cadre réglementaire (50 % du score), les risques de corruption et de fraude, la transparence financière et les risques juridiques et politiques.
Pour autant, ce classement ne saurait être interprété comme un quitus définitif. Le score tunisien demeure supérieur au seuil des pays à faible risque et traduit des marges d’amélioration significatives, notamment en matière d’effectivité des contrôles, de traçabilité des flux financiers et de gouvernance publique. La stabilité institutionnelle, souvent citée comme un facteur explicatif, reste fragile dans un contexte politique marqué par une concentration du pouvoir et des interrogations sur l’indépendance de certaines institutions.
Les autorités elles-mêmes reconnaissent ces vulnérabilités. Le 10 octobre dernier, la Banque centrale de Tunisie a appelé les banques et institutions financières à renforcer leur vigilance, à la suite de la mise à jour de l’évaluation nationale des risques pour la période 2022-2024. Elle a insisté sur l’application rigoureuse des obligations de diligence raisonnable, le renforcement des dispositifs de conformité et la formation continue des professionnels du secteur.
À l’échelle africaine, le contraste reste marqué. Tandis que la Tunisie figure dans le haut du classement régional, plusieurs pays du continent affichent des niveaux de risque élevés, à l’image de la République démocratique du Congo, du Tchad ou de la Guinée équatoriale. Ce différentiel souligne moins une excellence tunisienne qu’un écart structurel entre systèmes financiers plus ou moins régulés.
Si le classement de la Tunisie constitue un signal positif pour les partenaires internationaux et les investisseurs, il ne dispense pas le pays d’efforts soutenus. La crédibilité du dispositif anti-blanchiment dépendra moins des textes que de leur application effective, dans un environnement où les tensions économiques et politiques peuvent accroître les risques de dérives financières.
MK/ac/APA







