Sans réforme profonde et contraignante, les appels de la société civile algérienne contre le gaspillage d’eau risquent de rester lettre morte, au détriment d’une ressource vitale déjà sous tension.
Malgré les appels répétés de la société civile, l’Algérie peine à mettre en place une véritable stratégie cohérente pour lutter contre le gaspillage de l’eau, dans un contexte où la ressource devient chaque année plus rare. Les initiatives locales et associatives révèlent avant tout les carences structurelles d’une politique publique restée largement réactive, fragmentée et déconnectée des réalités quotidiennes.
Depuis plusieurs années, les autorités se reposent sur des campagnes ponctuelles pour rappeler aux citoyens la nécessité d’économiser l’eau. Mais ces actions demeurent symboliques et limitées dans leur portée, faute d’un dispositif durable et de sanctions réellement appliquées. Comme l’ont souligné les associations de consommateurs, les comportements de gaspillage persistent : robinets laissés ouverts, arrosage anarchique, fuites non réparées. L’absence d’un suivi institutionnel renforce l’impression d’une politique de surface, sans traduction concrète.
Alors que les associations appellent à la pénalisation des contrevenants, la législation algérienne reste permissive. Les pratiques de gaspillage dans les commerces, les stations de lavage automobile ou les restaurants ne sont pas encadrées par des normes contraignantes ni par un système de sanctions efficace. Les rares amendes prévues sont rarement appliquées, ce qui réduit considérablement leur portée dissuasive. L’initiative reste souvent entre les mains des associations locales, sans véritable relais institutionnel.
L’un des angles morts majeurs réside dans la consommation industrielle. De nombreuses usines continuent de rejeter leurs eaux usées dans les oueds, sans traitement ni obligation de recyclage. L’État n’a pas réussi à imposer une obligation claire de dépollution, alors même que la réutilisation des eaux usées pourrait constituer un levier stratégique pour l’agriculture et l’industrie. Cette absence de contrôle illustre la faiblesse de la gouvernance environnementale et la difficulté des autorités à imposer des normes aux grands opérateurs.
Si certaines communes tentent d’instaurer des mesures d’économie, elles ne disposent pas des moyens techniques, financiers et réglementaires pour agir efficacement. Le pouvoir central conserve l’essentiel des prérogatives, mais sans mise en place de politiques coordonnées ni de mécanismes incitatifs. Ce flou institutionnel se traduit par une gestion fragmentée et inefficace de la ressource hydrique.
Face à ces lacunes, les associations se substituent progressivement aux pouvoirs publics. En installant des robinets intelligents dans des écoles ou en organisant des campagnes de sensibilisation, elles tentent de combler un vide politique. Mais leur action ne peut suffire à inverser une tendance structurelle de gaspillage, aggravée par la sécheresse et le changement climatique. Le contraste entre l’activisme citoyen et l’immobilisme institutionnel met en lumière une véritable faillite des politiques publiques.
L’Algérie souffre moins d’un manque d’initiatives que d’un déficit de vision et de gouvernance. L’absence de régulation stricte, la faiblesse des sanctions, le laxisme envers les grands consommateurs industriels et le manque de coordination entre acteurs publics et privés réduisent à néant les efforts de sensibilisation.
MK/ac/Sf/APA






