Face aux défis liés au retour des migrants, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale développent des programmes axés sur la formation professionnelle et l’acquisition de compétences. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la réintégration durable passe par un accompagnement global permettant aux personnes de retour de reconstruire leur vie et de contribuer au développement local.
Que devient un migrant après son retour dans son pays d’origine ? Pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le retour ne doit pas être considéré comme une fin de parcours, mais comme le point de départ d’une nouvelle étape fondée sur l’autonomie économique et l’insertion sociale.
Dans le cadre du Programme de protection, de retour et de réintégration des migrants en Afrique subsaharienne (MPRR-SSA), lancé en août 2022, plus de 131 000 personnes revenues après des parcours migratoires difficiles à travers le Sahel et l’Afrique du Nord ont bénéficié d’une assistance à leur arrivée, selon l’OIM. Plus de 117 000 d’entre elles ont également reçu un accompagnement à la réintégration destiné à faciliter leur reconstruction personnelle et professionnelle.
L’organisation onusienne estime que le développement des compétences constitue un élément central de cette réintégration. Il ne s’agit plus seulement de répondre aux besoins immédiats des personnes de retour, mais de leur permettre d’acquérir des capacités adaptées aux réalités économiques locales.
« Le retour ne doit pas être perçu comme la fin d’un parcours, mais comme le début d’une nouvelle ère », a déclaré Shauna Cameron, coordinatrice régionale principale du programme MPRR-SSA. Selon elle, l’accès aux documents administratifs, au soutien psychosocial, aux formations adaptées au marché du travail et à des perspectives d’emploi décent transforme la réintégration en « un tremplin vers la stabilité, l’autonomie et une contribution significative aux communautés ».
Avec le soutien financier de l’Union européenne, l’OIM accompagne les gouvernements dans le renforcement des dispositifs d’accueil, d’orientation et de formation professionnelle des migrants de retour. L’organisation développe également des partenariats avec le secteur privé afin de rapprocher les bénéficiaires des opportunités d’emploi et des formations répondant aux besoins du marché.
Au Nigéria, où des milliers de migrants reviennent chaque année, l’OIM a travaillé avec les autorités fédérales et locales pour mettre en place un mécanisme national de coordination réunissant plusieurs ministères et organismes publics. Ce dispositif vise à garantir un accueil digne et à tenir compte de la réintégration des migrants dans les politiques nationales de développement des compétences.
Une approche similaire est développée en Guinée, où des comités locaux accompagnent les migrants de retour en identifiant leurs compétences et en les orientant vers des opportunités adaptées aux besoins économiques locaux.
« Les compétences ne sont pas seulement un moyen d’accéder à l’emploi, elles permettent aussi aux personnes de retour de s’adapter aux nouvelles opportunités, de reconstruire leur vie et de contribuer durablement à leur communauté », a souligné Shauna Cameron.
En Sierra Léone et au Ghana, la coopération avec les structures nationales d’état civil a permis à plus de 1 000 personnes revenues au pays d’obtenir des documents d’identité essentiels, facilitant leur accès aux formations et aux services sociaux.
L’OIM cite également plusieurs initiatives associant acteurs publics et privés. Au Ghana, l’Académie Ubuntu de l’OIM et DHL forme des bénéficiaires aux métiers de la logistique. Au Nigéria, un partenariat avec Midea a permis à des personnes de retour de suivre des formations certifiantes dans l’installation, la réparation et la maintenance des systèmes de climatisation.
Pour l’OIM, ces expériences montrent que la réintégration devient durable lorsque les compétences acquises peuvent être valorisées dans l’économie locale, que ce soit dans l’agriculture, l’artisanat, la construction, les services numériques, les emplois verts ou l’entrepreneuriat.
À l’occasion de la Journée mondiale des compétences des jeunes, l’organisation rappelle que la réussite du retour migratoire repose sur un ensemble de dispositifs complémentaires : documents administratifs, orientation, accompagnement psychosocial, formation, inclusion financière et accès au marché du travail.
Selon l’OIM, le retour d’un migrant n’est donc pas un événement isolé, mais un processus composé de plusieurs étapes nécessitant la coordination des autorités nationales, des communautés et des partenaires afin de transformer la migration de retour en opportunité de développement.
AC/Sf/APA







