Le 20 mars traverse plus d’un siècle d’histoire africaine : résistance ndebele en 1896, mort d’Ota Benga en 1916, naissance d’Amadou-Mahtar M’Bow en 1921, bataille de la ligne Mareth en 1943, indépendance de la Tunisie en 1956, fondation de l’ACCT à Niamey en 1970, victoire d’Afabet en 1988 et attaque rebelle au Tchad en 2006.
Le 20 mars concentre, sur plus d’un siècle, des résistances coloniales, des indépendances fondatrices, une diplomatie culturelle pionnière et des confélits postcoloniaux qui illustrent les étapes majeures de l’histoire africaine contemporaine.
Le 20 mars 1896, dans ce qui est aujourd’hui le Zimbabwe, des guerriers Ndebele tuent à coups de fusil et d’assegai un policier indigène dans la région de Bulawayo. C’est le coup de feu prématuré qui déclenche la deuxième guerre Matabele — appelée première Chimurenga par les Zimbabwéens. Le soulevément avait été planifié pour le 29 mars, lors de la cérémonie du Grand Dance ordonnée par le chef spirituel Mlimo, mais quelques guerriers impatients précipitent les événements. La rébellion de masse, avec près de 2 000 guerriers en armes, éclate le 24 mars. En quelques semaines, 141 colons blancs sont tués dans le Matabeleland. La rébellion sera écrasée en 1897, mais elle irrigue jusqu’à aujourd’hui la mémoire politique zimbabwéenne.
Le 20 mars 1916, à Lynchburg, en Virginie, Ota Benga retire ses implants dentaires, allume un feu de cérémonie, danse autour, puis se tire une balle dans le cœur. Le rapport du coroner établit le suicide par « balle autoadministrée dans le côté gauche de la poitrine ». Cet homme du peuple Mbuti du Congo avait été acheté en 1904 et amené aux États-Unis, exposé comme « spécimen » à l’Exposition universelle de Saint-Louis, puis présenté en 1906 dans une cage du zoo du Bronx à côté d’un orang-outang. Des pasteurs afro-américains obtinrent sa libération. Jamais capable de retourner en Afrique — la Première Guerre mondiale ayant bloqué les liaisons maritimes — Ota Benga vécut ses dernières années dans un état de détresse profonde. Il avait environ 32 ans. Son histoire reste l’un des symboles les plus saisissants des violences coloniales et racistes de la Belle Époque.
Le 20 mars 1921, Amadou-Mahtar M’Bow naît à Dakar. Enseignant de formation, plusieurs fois ministre de l’Éducation et de la Culture du Sénégal, il est élu en 1974 à la tête de l’UNESCO — premier Africain à diriger l’organisation. Son mandat, reconduit jusqu’en 1987, est marqué par la revendication du Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (NOMIC), ce qui lui vaut la méfiance des États-Unis et du Royaume-Uni, qui quittent l’UNESCO sous son mandat. Décédé en août 2023, il était centenaire.
Le 20 mars 1943, le XXX Corps britannique du général Montgomery lance l’Opération Pugilist contre la ligne Mareth dans le sud tunisien. L’assaut frontal échoue dans un premier temps avant qu’un débordement par le flanc gauche, mené par la 2e Division blindée néo-zélandaise, ne force les troupes de l’Axe à abandonner la ligne dans la nuit du 26 au 27 mars. Cette victoire ouvre la route vers Tunis, qui tombe le 12 mai 1943, mettant fin à la présence de l’Axe en Afrique du Nord.
Le 20 mars 1956, après 75 ans de protectorat français instauré en 1881, la Tunisie accède à l’indépendance. Le Bey Muhammad VIII al-Amin devient chef de l’État, tandis que Habib Bourguiba est nommé Premier ministre — celui-là même qui avait mené les négociations au nom du Néo-Destour. La monarchie est abolie le 25 juillet 1957 et la République tunisienne proclamée : Bourguiba en devient le premier président. Le 20 mars est célébré chaque année comme fête nationale en Tunisie.
Le 20 mars 1970, à Niamey, les représentants de 21 États et gouvernements — dont treize africains — signent la convention créant l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), ancêtre direct de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cette Francophonie institutionnelle naît d’une initiative majoritairement africaine, portée par Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Habib Bourguiba (Tunisie) et Hamani Diori (Niger), auxquels s’adjoint Norodom Sihanouk (Cambodge). Depuis 1988, le 20 mars est célébré comme Journée internationale de la Francophonie. L’ACCT deviendra en 2005 l’OIF, qui regroupe aujourd’hui 88 États et gouvernements.
Du 17 au 20 mars 1988, le Front populaire de libération de l’Érythrée (EPLF) remporte la bataille d’Afabet contre les forces éthiopiennes du Derg. Afabet tombe le 19 mars. Le 20 mars, l’armée éthiopienne est en déroute totale : trois divisions sont annihilées, 18 000 soldats tués, blessés ou capturés, et une quantité considérable de matériel soviétique est saisie. L’historien Basil Davidson qualifiera cette victoire de « défaite la plus sévère infligée à une armée africaine depuis la bataille d’Adwa en 1896 ». Elle ouvre la voie à l’indépendance de l’Érythrée, proclamée le 24 mai 1993.
Le 20 mars 2006, des combattants de l’Union des forces pour le changement démocratique (UFCD) attaquent des positions gouvernementales dans l’est du Tchad, tuant plus de 150 soldats tchadiens. L’attaque, visant à déstabiliser le régime du président Idriss Déby, s’inscrit dans un cycle de tensions entre N’Djaména et Khartoum, le Soudan étant accusé de soutenir les groupes rebelles opérant depuis le Darfour.
Sf/APA







