La fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations affectant les marchés de l’ammoniac renforcent le positionnement du Maroc parmi les fournisseurs jugés les plus fiables du marché mondial des fertilisants phosphatés, selon une analyse de l’agence allemande Germany Trade & Invest.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à avoir des répercussions directes sur les chaînes d’approvisionnement agricoles mondiales. Dans une analyse publiée le 8 mai, Germany Trade & Invest (GTAI), organisme fédéral allemand chargé de la promotion du commerce extérieur et des investissements, estime que le Maroc « figure désormais parmi les fournisseurs les plus sûrs du marché mondial des fertilisants phosphatés », dans un contexte marqué par des perturbations des flux d’ammoniac et d’azote.
L’étude précise que la crise dépasse désormais le seul secteur des hydrocarbures. Les intrants chimiques essentiels à la production d’engrais sont eux aussi touchés, notamment ceux transitant par la région du Golfe. Cette situation conduit plusieurs industriels européens à revoir leurs chaînes de production afin de réduire leur dépendance aux composés ammoniacaux. Germany Trade & Invest souligne ainsi que « les producteurs capables de maintenir leurs volumes de production occupent désormais une position centrale dans l’équilibre du marché mondial ».
Dans ce contexte, le groupe marocain OCP joue un rôle de stabilisation. Selon l’analyse allemande, l’entreprise aurait constitué des stocks stratégiques d’ammoniac avant l’aggravation des tensions régionales, ce qui lui permet de respecter ses engagements de livraison au moins jusqu’à la fin du mois de juin, notamment vers l’Amérique latine. Le Brésil demeure un marché clé, avec près de 90 000 tonnes de mono-ammonium phosphate (MAP) et de triple superphosphate (TSP) exportées vers la région en mars 2026.
Cette continuité des flux concerne également le continent africain. Germany Trade & Invest indique que le Maroc poursuit ses livraisons vers plusieurs pays d’Afrique subsaharienne à travers des accords bilatéraux et des programmes soutenus par les autorités publiques. L’étude rappelle par ailleurs les alertes de la Banque africaine de développement (BAD) et de la FAO, selon lesquelles une baisse de 10 % de la disponibilité des engrais pourrait entraîner une chute des rendements agricoles allant jusqu’à 25 % en Afrique.
En parallèle, OCP accélère une stratégie de réorientation industrielle visant à réduire sa dépendance à l’ammoniac importé. Le groupe privilégie davantage les engrais moins consommateurs de composés ammoniacaux, tout en sécurisant ses approvisionnements en soufre et en ammoniac avant la détérioration du contexte régional.
Cette dynamique pourrait également influencer les équilibres du marché européen, où certains importateurs pourraient augmenter leurs achats de phosphates simples avant d’y ajouter séparément les composés azotés. Enfin, les projets marocains d’ammoniac vert basé sur l’hydrogène renouvelable suscitent un intérêt croissant auprès des industriels allemands spécialisés dans les technologies chimiques et énergétiques ainsi que dans les infrastructures portuaires.
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