À chaque épisode d’intempéries en Tunisie, les mêmes failles ressurgissent. Déficit d’anticipation, absence de coordination opérationnelle, infrastructures dégradées et responsabilités diluées : la gestion des crises climatiques en Tunisie reste marquée par des dysfonctionnements profonds, hérités de décennies de politiques publiques fragmentées et souvent entachées de mauvaise gouvernance. Les inondations récentes n’ont fait que confirmer une réalité désormais largement documentée.
C’est dans ce contexte que le président Kaïs Saïed a réuni, au palais de Carthage, la cheffe du gouvernement, plusieurs ministres clés et les responsables sécuritaires et techniques concernés. Le message présidentiel est sans ambiguïté : « anticiper, coordonner et intervenir immédiatement ». Une injonction forte, qui traduit autant une volonté d’action qu’un constat d’échec collectif face à l’urgence.
Les images diffusées par les citoyens – véhicules emportés, quartiers submergés, familles prises au piège – ont mis en lumière l’écart persistant entre les discours officiels et la réalité du terrain. Dans plusieurs localités, l’absence ou la passivité de responsables municipaux a contrasté avec l’engagement d’agents de la Protection civile, des forces de sécurité et de simples volontaires. Cette fracture nourrit une défiance croissante à l’égard des institutions locales, perçues comme déconnectées, voire défaillantes.
Les déplacements du chef de l’État dans les zones sinistrées, de Radès à Nabeul en passant par Grombalia, Hammamet ou Soliman, s’inscrivent dans sa ligne politique fondée sur la présence sur le terrain et la proximité avec les citoyens. Condoléances aux familles endeuillées, directives opérationnelles, saluts aux forces mobilisées : la symbolique est forte. Mais elle ne saurait masquer la persistance de carences structurelles, notamment dans la gestion des réseaux d’assainissement, le curage des oueds et la planification urbaine.
Lors de la réunion du 23 janvier, Kaïs Saïed a pointé l’absence de synchronisation entre le ministère de l’Équipement, l’Office national de l’assainissement et les municipalités. Ce défaut de coordination, régulièrement dénoncé, continue de peser lourdement sur l’efficacité des interventions. L’État agit encore trop souvent dans l’urgence, après coup, là où une politique de prévention rigoureuse aurait dû s’imposer depuis longtemps.
La responsabilité citoyenne a également été évoquée, notamment les pratiques d’obstruction des réseaux d’évacuation par des particuliers ou certaines entreprises, souvent sans sanction. Mais là encore, le manque de contrôle et de pénalisation interroge la capacité de l’administration à faire respecter ses propres règles.
L’élan de solidarité observé après les inondations, salué par le président, illustre la résilience de la société tunisienne. Il ne peut toutefois se substituer durablement à une action publique efficace, structurée et redevable. La mobilisation citoyenne ne doit pas servir d’alibi à l’inaction institutionnelle.
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