La succession des accidents meurtriers en Algérie révèle les limites d’une politique de sécurité routière encore fragmentée, réactive et dépourvue d’objectifs publics mesurables.
Le renversement meurtrier d’un autobus à El Karma, dans la wilaya de Boumerdès, dépasse désormais le cadre d’un simple fait divers. Ce nouveau drame, qui a fait 28 morts et 36 blessés, met en lumière l’incapacité persistante des politiques algériennes de sécurité routière à enrayer une mortalité devenue structurelle.
Après chaque catastrophe, le même scénario se répète: intervention des secours, ouverture d’une enquête, condoléances officielles et mise en cause de l’excès de vitesse, de l’état du véhicule ou du comportement du conducteur. L’émotion retombe ensuite sans qu’une réforme globale soit engagée, jusqu’au prochain accident meurtrier.
Les bilans publiés par la Protection civile illustrent pourtant l’ampleur du phénomène. Entre le 12 et le 18 juillet, 57 personnes ont perdu la vie et 2 183 autres ont été blessées dans des accidents de la circulation. La semaine précédente, 37 décès et 1 830 blessés avaient été recensés, contre 28 morts et 1 644 blessés une semaine plus tôt. Ces statistiques ne décrivent plus des événements exceptionnels, mais une hécatombe quotidienne.
L’erreur humaine, les dépassements dangereux, la fatigue au volant et les infractions au Code de la route expliquent une partie de ces accidents. Toutefois, concentrer le débat sur la seule responsabilité des conducteurs revient à négliger les autres maillons de la chaîne: état du parc de transport collectif, qualité des infrastructures, efficacité des contrôles techniques, formation des chauffeurs professionnels, conditions de travail et surveillance des entreprises de transport.
L’Algérie dispose pourtant d’institutions spécialisées, notamment la Délégation nationale à la sécurité routière. Les forces de sécurité organisent régulièrement des opérations de contrôle, tandis que la Protection civile assure les interventions d’urgence. Ces dispositifs demeurent cependant dispersés et ne paraissent pas intégrés à une stratégie nationale assortie d’objectifs chiffrés, d’un calendrier précis et d’indicateurs publics d’évaluation.
Les pays ayant durablement réduit la mortalité routière ont adopté des politiques intégrées combinant sécurisation des infrastructures, contrôle automatisé, formation continue des chauffeurs, prévention permanente et analyse systématique des accidents graves. En Algérie, l’action publique reste essentiellement déclenchée après les drames.
La question n’est donc plus seulement de déterminer la faute immédiate à l’origine de chaque carnage. Elle consiste à savoir combien de victimes supplémentaires seront nécessaires avant que la sécurité routière ne soit enfin traitée comme une urgence nationale et une responsabilité pleine et entière de l’État.
MK/AK/Sf/APA







