S’appuyant sur la récente résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU consacrant la souveraineté du Maroc sur le Sahara, l’ancien ambassadeur tunisien Elyes Kasri a ravivé un débat sensible : celui des territoires tunisiens intégrés à l’Algérie à l’époque coloniale.
Quelques jours après l’adoption de la résolution 2797 validant le Plan d’autonomie marocain, Elyes Kasri a publié plusieurs messages sur les réseaux sociaux pour dénoncer une « injustice historique » dont la Tunisie aurait été victime.
Selon lui, environ 20 000 km² de terres tunisiennes auraient été rattachés à l’Algérie française, puis maintenus sous souveraineté algérienne après 1962. Il invite ainsi son pays à « suivre l’exemple du Maroc » et à réclamer la restitution de ces territoires.
Adoptée le 31 octobre, la résolution 2797 marque, selon le diplomate, « la fin de la fiction subversive du séparatisme sahraoui » et annonce un bouleversement des équilibres régionaux.
Dans un message daté du 1er novembre, il estime que cette décision provoquera « un séisme politique au sein du régime algérien », qu’il accuse d’avoir fondé sa légitimité sur « les causes palestinienne et sahraouie ».
Mais pour Kasri, l’enjeu dépasse la question du Sahara : il s’agit de rouvrir le débat sur les frontières héritées de la colonisation.
Il reproche à une partie de l’opinion tunisienne un « aveuglement pro-algérien » et dénonce le silence entourant une spoliation historique qui pèserait toujours sur les relations régionales.
Dans un ton inhabituellement frontal pour un ancien diplomate, il accuse l’Algérie d’avoir bâti sa puissance sur la confiscation de ressources régionales. « Les territoires et hydrocarbures volés à ses voisins ont permis à la clique de la Mouradia de déstabiliser le Maghreb et le continent », écrit-il.
Il qualifie même le régime algérien de « produit d’un recel territorial colonial », évoquant le Sahara oriental et le Grand Erg oriental — des zones désertiques riches en ressources énergétiques et hydriques rattachées à l’Algérie avant son indépendance.
Kasri s’en prend également au discours d’amitié tuniso-algérienne, moquant le slogan « khawa khawa » (« frères, frères »). « Certains persistent à glorifier une soi-disant grande sœur qui nous a pourtant pris plus de 20 000 km² de territoire », déplore-t-il.
Et de conclure : « Ceux qui demandent ‘où est le pétrole ?’ devraient se demander si celui qu’on nous vend au compte-goutte ne vient pas de nos propres terres. »
Les propos de l’ancien ambassadeur, publiés dans un contexte maghrébin déjà tendu après la résolution onusienne, ont ravivé en Tunisie un débat longtemps étouffé sur la démarcation frontalière avec l’Algérie.
Si Alger n’a pas réagi officiellement, ces déclarations suscitent un vif intérêt dans les milieux politiques et intellectuels tunisiens, certains y voyant les prémices d’un possible rééquilibrage des rapports de force au Maghreb à la lumière de l’évolution du dossier du Sahara marocain.
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