Le président Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion consacrée aux préparatifs de l’IATF 2025, présenté comme un tournant stratégique pour l’intégration économique du continent. Mais derrière le discours de solidarité panafricaine, la démarche algérienne soulève des interrogations sur ses véritables motivations et ses limites structurelles.
À quelques jours de l’ouverture de la Foire commerciale intra-africaine (Iatf 2025), le chef de l’État met en avant la nécessité de développer le commerce intra-africain, qui ne représente aujourd’hui que 208 milliards de dollars, soit à peine 2 à 3 % du commerce mondial. L’Iatf d’Alger, censée générer des perspectives d’échanges estimées à 40 milliards de dollars, est ainsi présentée comme un jalon essentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Or, ce volontarisme contraste avec l’état réel de l’économie algérienne, peu diversifiée et encore dépendante des hydrocarbures, ce qui réduit la crédibilité d’Alger à incarner un moteur continental.
Le président Tebboune tente de donner à son action une portée géopolitique en insistant sur l’émergence d’une « Afrique puissante » capable de peser dans le nouvel ordre mondial. Le milliard de dollars promis par l’Algérie via son Agence de coopération internationale, ou encore l’effacement de dettes de pays pauvres, sont autant de gestes mis en avant pour démontrer une solidarité interafricaine. Mais ces annonces, souvent dépourvues de mécanismes de suivi transparents, sont critiquées par des observateurs qui y voient davantage une diplomatie de l’image qu’une stratégie de transformation économique réelle.
La mise en avant de Sonatrach et Sonelgaz, déployées à travers le continent pour prospecter des hydrocarbures ou fournir de l’électricité, illustre bien cette ambiguïté : Alger se présente comme acteur solidaire tout en poursuivant avant tout ses propres intérêts énergétiques. L’évocation du « transfert de savoir-faire » à travers la formation de cadres africains en Algérie ne masque pas les carences internes du pays, où le chômage des jeunes reste élevé et où la fuite des compétences s’accélère.
En multipliant les symboles – création d’un « G4 Afrique », discours contre le néocolonialisme, dénonciation des dépendances extérieures –, le président Tebboune cherche à projeter l’image d’un leadership continental. Pourtant, l’Algérie peine toujours à diversifier ses échanges et à s’intégrer dans des chaînes de valeur africaines. Sa diplomatie économique apparaît davantage comme un outil de repositionnement international que comme une réponse concrète aux besoins structurels du continent.
MK/Sf/APA






