Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a appelé mardi à Belgrade les États membres du Mouvement des non-alignés (MNA) à accompagner la Confédération des États du Sahel (AES), estimant que ses objectifs s’inscrivent dans les principes historiques du mouvement.
Intervenant lors de la réunion de haut niveau organisée à l’occasion du 65ᵉ anniversaire de la première conférence des pays non-alignés, le chef de la diplomatie malienne a remercié les États membres du Mouvement des non-alignés (MNA) pour leur « soutien multiforme » avant de solliciter leur « accompagnement à la Confédération AES ».
Selon Abdoulaye Diop, l’organisation réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger défend des valeurs en adéquation avec celles du MNA, notamment la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale, ainsi que le refus de toute domination ou hégémonie.
Il a également présenté la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée comme l’un des axes prioritaires de l’AES, tout en plaidant pour une plus grande autonomie stratégique des États africains.
Bamako revendique l’héritage du non-alignement
Le ministre malien a inscrit la démarche de l’AES dans l’héritage historique du non-alignement, rappelant que le Mali figurait parmi les 25 pays ayant participé à la conférence fondatrice tenue à Belgrade du 1er au 6 septembre 1961.
Il a notamment évoqué la vision du premier président malien, Modibo Keïta, pour qui le non-alignement ne signifiait pas un retrait des affaires internationales, mais une politique fondée sur l’indépendance des choix et le refus de s’aligner sur un quelconque bloc.
Dans cette perspective, Abdoulaye Diop a appelé à renforcer la coopération Sud-Sud et à accroître la représentation des pays africains, asiatiques, latino-américains et caribéens dans les instances de gouvernance mondiale.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont quitté officiellement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en janvier 2025, ont progressivement renforcé leur coopération au sein de l’AES, notamment dans les domaines de la défense, de la diplomatie et du développement.
La crise libyenne au cœur du discours
Abdoulaye Diop a par ailleurs appelé le MNA à accorder une attention particulière à la situation sécuritaire au Sahel. Il a établi un lien direct entre la dégradation de la situation régionale et l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011.
Le ministre a dénoncé ce qu’il a présenté comme une « stratégie » d’acteurs extérieurs visant à déstabiliser le Sahel et une partie de l’Afrique. Il a également rejeté les sanctions et mesures coercitives unilatérales ainsi que la « politique des deux poids, deux mesures » dans le traitement des questions internationales.
Les conséquences de la crise libyenne sur la sécurité sahélienne ont toutefois été documentées par les Nations unies, notamment à travers la circulation d’armes et le retour d’anciens combattants depuis la Libye à partir de 2011.
Pas d’engagement collectif annoncé
La réunion de Belgrade a réuni des représentants des pays liés à la conférence fondatrice de 1961 ainsi que ceux de la troïka actuelle du MNA, composée de l’Azerbaïdjan, de l’Ouganda et de l’Ouzbékistan. Le président serbe Aleksandar Vučić et la vice-présidente ougandaise Jessica Alupo ont participé à l’ouverture.
En marge des travaux, Abdoulaye Diop a rencontré son homologue serbe, Marko Đurić, avec lequel il a évoqué le dialogue politique ainsi que les perspectives de coopération dans l’agriculture, l’éducation et l’économie.
Aucun engagement collectif supplémentaire en faveur de l’AES n’a été annoncé à l’issue du discours malien. L’intervention de Belgrade constitue néanmoins une nouvelle offensive diplomatique de Bamako pour inscrire la Confédération sahélienne dans les réseaux internationaux fondés sur les principes de souveraineté, d’autonomie et de coopération Sud-Sud.
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