Le 7 novembre 2025, une délégation du patronat mauritanien conduite par son président, Mohamed Zein El Abidine Ould Cheikh Ahmed, a été reçue à Bamako par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, renouant le dialogue entre les deux pays.
La rencontre de Bamako entre les autorités diplomatiques maliennes et le patronat mauritanien, à laquelle participait également le président du Conseil national du patronat du Mali, Mossadeck Bally, marque la relance du dialogue économique entre les deux pays, sur fond de tensions liées à la transhumance et à la fermeture de commerces mauritaniens au Mali.
Les discussions ont porté sur la reprise des échanges commerciaux et des investissements privés, la sécurisation des flux transfrontaliers ainsi que la liberté de circulation des personnes impliquées dans ces activités.
Les deux parties ont convenu de poursuivre les travaux techniques pour rétablir un climat de confiance et suivre l’évolution des mesures administratives qui affectent le quotidien des opérateurs économiques.
Ce réchauffement intervient après plusieurs mois de crispations à la frontière commune. Le 28 août 2025, une décision locale au Mali avait interdit la transhumance et le pâturage aux troupeaux étrangers, privant ainsi les éleveurs mauritaniens d’un accès saisonnier aux zones herbagères maliennes.
Cette mobilité pastorale joue pourtant un rôle clé dans l’équilibre du Sahel occidental : en 2023, environ 40 000 pasteurs et trois millions de têtes de bétail avaient transité par la région de Nioro, selon les autorités maliennes.
La communauté d’affaires mauritanienne au Mali a, elle aussi, subi les effets des tensions. Début septembre, environ 300 commerces mauritaniens ont été fermés à Bamako et dans d’autres villes, touchant directement ou indirectement près de 250 000 personnes selon des sources mauritaniennes. Ces fermetures, combinées aux restrictions de circulation, ont eu un impact social et économique considérable.
Bamako et Nouakchott mesurent désormais l’interdépendance de leurs économies. Le commerce mauritanien contribue à l’approvisionnement du marché malien, tandis que les corridors routiers vers la Mauritanie offrent au Mali un accès stratégique à l’Atlantique.
La contraction de ces flux a entraîné des pertes d’emplois, une hausse des coûts de transport et une montée de l’informel, dans un contexte sécuritaire déjà fragile.
Les représentants patronaux ont plaidé pour des mesures rapides afin de clarifier les règles applicables aux commerçants, stabiliser les contrôles et encadrer la prochaine campagne de transhumance.
L’objectif, côté malien, est d’instaurer un cadre de concertation bilatéral régulier associant administrations et organisations professionnelles pour traiter les dossiers sensibles : réouverture des boutiques, délivrance de documents et accès aux pâturages, dans le respect des législations nationales.
La séquence ouverte à Bamako vise à transformer une crise de confiance en feuille de route opérationnelle, avec des objectifs mesurables concernant la fluidité des échanges, la réactivation des commerces et la préparation de la saison pastorale.
Selon plusieurs observateurs, la réussite de cette relance dépendra de la capacité des deux pays à concilier impératifs de sécurité, continuité économique et protection des moyens de subsistance dans leurs zones frontalières, où l’économie demeure avant tout transfrontalière et quotidienne.
MD/te/Sf/APA







