Abdelmadjid Tebboune et Kaïs Saïed ont réaffirmé la solidité des relations algéro-tunisiennes, mais leur échange n’a débouché sur aucune annonce face aux urgences sociales, climatiques et sécuritaires qui fragilisent les deux pays.
Les présidents algérien et tunisien se sont entretenus dimanche 23 août par téléphone, évoquant les relations « fortes et fraternelles » entre les deux peuples et les moyens de les renforcer dans tous les domaines, selon un bref [communiqué de la présidence algérienne. Aucun projet précis, calendrier de coopération ou dispositif commun n’a toutefois été annoncé, donnant à cet échange l’apparence d’un exercice diplomatique largement symbolique.
En Tunisie, cette rhétorique fraternelle intervient dans un climat social tendu. Des centaines de personnes ont manifesté le 20 août à Tunis contre la dégradation des conditions de vie, les pénuries d’eau, d’électricité et de médicaments, ainsi que les restrictions visant les libertés publiques. Certains protestataires ont réclamé le départ de Kaïs Saïed, dont la politique est accusée par ses opposants d’avoir renforcé l’autoritarisme sans apporter de réponse économique convaincante. Le chômage atteignait encore 14,9 % au deuxième trimestre et 35,4 % chez les 15-24 ans, selon l’Institut national de la statistique.
L’Algérie reste, de son côté, confrontée aux conséquences d’un été marqué par une vague de chaleur et de nombreux incendies. Plus de 900 feux avaient déjà été maîtrisés depuis le 8 juillet à la mi-juillet, tandis qu’un important sinistre mobilisait encore pompiers et volontaires à Bordj Okhriss, dans la wilaya de Bouira, le 23 juillet. La répétition de ces épisodes met en cause la préparation des autorités, la prévention forestière et la protection des populations rurales, au-delà des seules opérations d’urgence.
Les deux pays sont parallèlement exposés à l’instabilité persistante de la Libye, aux violences armées au Sahel, aux tensions entre Alger et Bamako et aux pressions migratoires en Méditerranée. Malgré ces risques communs, le communiqué ne mentionne ni coordination frontalière renforcée, ni mécanisme conjoint de lutte contre les incendies, ni initiative diplomatique nouvelle.
En se limitant à célébrer la proximité bilatérale, Tebboune et Saïed évitent ainsi les sujets qui éprouvent directement leurs gouvernements. Sans feuille de route sur l’emploi, l’eau, les catastrophes climatiques et la sécurité régionale, la « fraternité » proclamée risque de rester une formule politique sans effet tangible pour les populations.
MK/AK/APA







