En novembre 2025, Dubaï accueillera la conférence générale de l’ICOM, le grand rendez-vous mondial des musées. C’est la première fois que cet événement, qui réunira près de 4 500 professionnels du monde entier, se tiendra au Moyen-Orient.
A quelques mois du grand rendez-vous muséal de l’ICOM, prévu en novembre 2025, le Louvre Abu Dhabi inaugurait une exposition inédite consacrée aux rois et reines d’Afrique en janvier. Ces deux événements illustrent la portée des ambitions culturelles des Émirats arabes unis, qui se positionnent comme un acteur culturel international.
Cette stratégie trouve aussi un écho en Afrique, marché stratégique et partenaire naturel de la région. Depuis une quinzaine d’années, les Émirats arabes unis ont multiplié les initiatives pour affirmer leur dynamisme et leur ouverture.
La tenue de l’ICOM 2025 à Dubaï s’inscrit dans ce mouvement. L’événement rassemblera plusieurs milliers de professionnels du monde de la culture autour d’un thème : « L’avenir des musées au sein des communautés en évolution constante ».
En accueillant ce rendez-vous, les Émirats entendent démontrer leur capacité à se placer au cœur des débats sur l’avenir de la muséologie, tout en valorisant leur propre patrimoine. Au-delà de cette visibilité internationale, les autorités émiraties déploient une politique culturelle de long terme.
Abou Dhabi, capitale culturelle
Le Louvre Abu Dhabi, inauguré en 2017, en est devenu le symbole le plus fort : une institution universelle au cœur du monde arabe, conçue pour raconter une histoire commune de l’humanité. Ce projet s’ajoute à de nombreux autres musées et initiatives qui illustrent la volonté de construire un récit de tolérance et de dialogue, et d’inscrire la culture au service d’une stratégie de « soft power » assumée.
Comme le soulignent plusieurs observateurs, l’enjeu n’est pas seulement de diversifier l’économie au-delà du pétrole, mais aussi de renforcer une dynamique d’ouverture internationale capable de séduire touristes, investisseurs et partenaires politiques.
C’est à Abou Dhabi que cette ambition prend sa forme la plus spectaculaire. Sur l’île de Saadiyat, un quartier de 270 hectares est en passe de devenir l’un des plus grands pôles culturels au monde. Déjà doté du Louvre, du centre Manarat Al Saadiyat et du site interreligieux Abrahamic Family House, le district accueillera d’ici fin 2025 ou début 2026 des institutions majeures.
Il s’agit du Musée Guggenheim d’art contemporain, le Musée national Zayed consacré à l’histoire des Émirats, ou encore un musée d’histoire naturelle doté de pièces uniques comme le squelette de Stan, un tyrannosaure rex acquis pour plus de 30 millions de dollars.
Le pari est clair : offrir, en un seul lieu, une densité culturelle inédite, capable de rivaliser avec les plus grands centres mondiaux. Depuis son ouverture, le Louvre Abu Dhabi a déjà accueilli près de six millions de visiteurs, preuve de son attractivité.
Ce succès repose sur une muséographie originale, liant les civilisations au lieu de les isoler, et sur une architecture emblématique, pensée par Jean Nouvel comme un espace de rencontre et d’expérience sensorielle.
Au-delà des infrastructures, Abou Dhabi entend ainsi s’imposer comme le leader culturel du Moyen-Orient, une position renforcée par l’accueil régulier de symposiums, d’expositions internationales et d’événements artistiques de renommée mondiale.
Cette stratégie culturelle contribue à transformer la capitale émiratie en véritable destination touristique, où la culture s’impose comme un atout aussi fort que le luxe ou les loisirs.
L’Afrique au cœur des ambitions émiraties
La dimension africaine occupe une place croissante dans cette stratégie. Situés aux portes du continent, les Émirats bénéficient d’une proximité géographique et historique qui en fait une destination naturelle pour les visiteurs africains. L’essor du secteur culturel émirati s’inscrit dans cette volonté de capter les flux touristiques africains.
À moins de six heures des principales capitales subsahariennes, les Émirats accueillent déjà plus de 750 000 visiteurs africains par an, grâce à une connectivité aérienne dense et à des procédures de visa simplifiées. La récente exposition « Formes et figures du pouvoir » au Louvre Abu Dhabi en offre une illustration.
Rassemblant plus de 300 pièces, notamment prêtées par le musée du quai Branly à Paris, et conçue avec des commissaires africains, elle mettait à l’honneur les arts du continent à travers dix siècles d’histoire. L’exposition proposait un regard renouvelé sur les cultures africaines, en soulignant leur rôle central dans l’histoire de l’art universel.
Les Émirats multiplient les initiatives en direction de l’Afrique, qu’il s’agisse d’événements culturels, de forums artistiques ou de programmes éducatifs. Cette attention reflète une double logique : répondre aux attentes d’un public africain en forte croissance et renforcer les liens diplomatiques avec le continent.
Pour les visiteurs africains, ces expositions offrent aussi une opportunité : redécouvrir leur patrimoine loin des récits occidentaux dominants, à travers un prisme nouveau, porté par une région qui se veut carrefour entre l’Orient, l’Occident et l’Afrique.
AP/Sf/APA







