Mathias Chichportich, avocat de Tidjane Thiam, le président du PDCI (opposition), appelle le Comité des droits de l’Homme de l’ONU à « prendre des mesures immédiates », car « il y a urgence », en vue de sa réinscription sur la liste électorale, à quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025.
« J’entends qu’il serait techniquement impossible de réviser la liste électorale (…) ce que je demande au Comité, c’est d’enjoindre la Côte d’Ivoire de rectifier cette liste et faire en sorte que le président Thiam puisse jouir de ses droits civils et politiques tels qu’ils sont garantis par le Pacte international des droits civils et politiques », a déclaré mercredi Chichportich, face à la presse, par visio-conférence, dans un appel au Comité des droits de l’homme.
La Commission électorale indépendante (CEI) a publié, ce 4 juin 2025, la liste électorale définitive issue de la révision du fichier électoral du 19 octobre au 17 novembre 2024. Le PDCI clame que « c’est avec étonnement » que le parti y a constaté la radiation de Tidjane Thiam, son président.
Pour l’avocat français, Mathias Chichportich, « c’est un triste jour pour la démocratie en Côte d’Ivoire, mais aussi pour l’Etat de droit, car au-delà même de la procédure discriminatoire et déloyale qui a conduit à écarter la candidature du président Thiam c’est tout simplement le droit du peuple ivoirien à désigner ses représentants » qui a été mis à mal.
La justice ivoirienne a ordonné en avril 2025 la radiation du président du PDCI, Tidjane Thiam, de la liste électorale, soutenant qu’il avait perdu la nationalité ivoirienne au moment où il s’inscrivait sur la liste électorale en 2022. La décision n’admet pas de recours.
Recours à une juridiction internationale
« Nous ne disposons pas de voie de recours en Côte d’Ivoire et donc nous n’avions pas d’autres choix que de saisir une instance internationale de la situation », a expliqué Me Mathias Chichportich, qui appelle à un « scrutin libre démocratique, inclusif et transparent ».
La Côte d’Ivoire a « violé ses engagements internationaux », a-t-il martelé, indiquant que « six violations ont été visées dans la requête que nous avons introduite hier (mardi 3 juin 2025) devant le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies ».
L’État de Côte d’Ivoire a adhéré au Comité des droits de l’homme des Nations Unies, en ratifiant le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le 05 mars 1997. Le Comité veille sur le Pacte international sur les droits civils et politiques.
Me Chichportich a soulevé dans sa requête « le droit de voter ; le droit à la personnalité juridique, le droit à la sécurité juridique parce que la nationalité de Tidjane Thiam n’a jamais causé de difficulté près de 60 ans avant qu’il n’indique qu’il était candidat à l’élection présidentielle. »
En outre, « le principe d’égalité devant la loi parce le président Ouattara en son temps, avait eu les mêmes difficultés, sauf qu’il était dans une situation différente, puisqu’il était de nationalité burkinabè et que c’est au terme d’un accord politique qu’il a pu se présenter (à l’élection présidentielle) et est aujourd’hui au pouvoir », a-t-il ajouté.
« Le pouvoir actuel ne peut pas au mépris d’un certain nombre de garanties élémentaires qui sont celles de la société des nations (…) confisquer l’élection au peuple ivoirien ». Car, le peuple a le droit de désigner librement ses représentants et « la Côte d’Ivoire n’est pas au-dessus de ces lois internationales », a-t-il souligné.
Conséquence de la saisine de l’ONU
Selon l’avocat de M. Thiam, « l’ingérence du pouvoir est flagrante dans le processus qui a conduit à écarter le président du PDCI ». De plus, « en l’espace de cinq jours, avec une procédure expéditive, il y a une violation manifeste et flagrante des engagements internationaux de la Côte d’Ivoire ».
Lorsque le président de la CEI dit que la liste électorale sera révisée après les élections, alors que c’est un rendez-vous essentiel, il y a une volonté manifeste de ne pas le faire, parce qu’en 2020, la révision a été fait dans les mêmes délais.
« Tout ceci n’est rien d’autre qu’une volonté politique », a déclaré l’avocat du PDCI. Tidjane Thiam ne figure pas sur la liste à l’instar de l’ex-président Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro et l’ex-maire du Plateau, Akossi Bendjo.
Tidjane Thiam a acquis la nationalité française en 1987. Selon l’article 48 du Code de la nationalité ivoirienne, datant du 14 décembre 1961, « perd la nationalité ivoirienne, l’Ivoirien majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère, ou qui déclare reconnaître une telle nationalité ».
Le 19 mars 2025, l’ex-CEO de Crédit Suisse, Tidjane Thiam s’est libéré de son allégeance à la République française. Le magistrat hors hiérarchie, Augustin Yao, a relevé qu’après cette renonciation il a recouvré « automatiquement » la nationalité ivoirienne du fait qu’il a été Ivoirien par filiation.
Le Comité des droits de l’homme de l’ONU est tout à fait légitime à indiquer que la procédure qui a conduit à écarter le président Thiam de la course présidentielle est un procédé discriminatoire, arbitraire et qui ne se fait pas sur une règle de droit.
« Le président Thiam est Français de naissance, ce texte ne lui est pas applicable », a soutenu Me Chichportich, qui a fait remarquer que le Comité ne dispose pas de moyen de coercition, mais il va de soi qu’une décision de condamnation serait extrêmement lourde de conséquences pour la crédibilité de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale.
Il a fait observer qu’une décision en faveur de Thiam, « la question se posera à terme de crédibilité de la parole de la Côte d’Ivoire dans le concert des Nations si le scrutin qui est proposé est un scrutin où les conditions ont été déloyales, un certain nombre d’Etats tireront la conséquence que le futur pouvoir sera un pouvoir illégitime et qui aura confisqué un scrutin à son compte ».
AP/Sf/APA






