Plusieurs partis et personnalités tunisiennes de l’opposition, longtemps divisés sur leur rapport à Ennahdha et sur le bilan de la transition démocratique, discutent d’une initiative commune face à un pouvoir présidentiel confronté à des difficultés croissantes.
Une nouvelle tentative de rapprochement entre les différentes composantes de l’opposition tunisienne est en préparation depuis plusieurs semaines, selon des informations publiées lundi par Africa Intelligence. Le projet vise à élaborer une feuille de route pour l’avenir du pays ainsi qu’une charte éthique et politique susceptible de rassembler des formations jusque-là réticentes à travailler ensemble.
Le Courant démocrate (Attayar) a notamment rejoint les discussions sous l’impulsion de son nouveau secrétaire général, Hichem Ajbouni, élu en avril. Le parti avait jusqu’à présent évité de s’associer à certaines composantes de l’opposition, notamment celles proches du mouvement islamiste Ennahdha. Des contacts ont également été établis avec des personnalités établies à l’étranger, parmi lesquelles l’ancien ministre Kamel Jendoubi et Ridha Driss, cadre d’Ennahdha.
Plusieurs représentants de la société civile participent aussi aux échanges. Le sociologue Mouldi Guessoumi, Houssem Hammi, dirigeant de la Coalition Soumoud, et l’ancien ministre de l’Emploi Faouzi Abderrahmane figurent parmi les personnalités associées à cette initiative. Les promoteurs du projet entendent dépasser les alliances partisanes traditionnelles et définir une plateforme commune face au système politique instauré par le président Kaïs Saïed depuis la concentration des pouvoirs entre ses mains en juillet 2021.
L’entreprise rappelle une précédente tentative préparée autour de Khayam Turki, personnalité liée au parti social-démocrate Ettakatol. Ce projet, qui ambitionnait déjà de fédérer une large partie de l’opposition, avait été interrompu après l’arrestation de Turki en février 2023. Le nouveau processus reste exposé aux mêmes divergences idéologiques et aux rivalités accumulées depuis la révolution de 2011.
La place d’Ennahdha constitue le principal point de désaccord. Plusieurs participants réclament un examen critique des quinze dernières années et tiennent le mouvement islamiste pour en partie responsable de l’échec de la transition démocratique entre 2011 et 2021. Toute coalition devra ainsi concilier la lutte contre l’autoritarisme présidentiel avec les profondes fractures héritées de cette période.
La cheffe du Parti destourien libre (PDL), Abir Moussi, toujours détenue, a également été approchée. Farouchement opposée à Ennahdha, elle n’aurait pas rejeté immédiatement l’idée de participer aux discussions, tout en restant prudente face à l’hostilité de sa base envers les islamistes. Son éventuelle adhésion élargirait considérablement l’initiative, mais illustrerait aussi la fragilité d’une alliance réunie davantage par son rejet de Kaïs Saïed que par une vision politique commune.
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