Les difficultés d’approvisionnement en eau minérale, médicaments et produits alimentaires, auxquelles s’ajoutent des coupures récurrentes d’électricité, alimentent l’inquiétude en Tunisie. En pleine période de chaleur, ces perturbations fragilisent davantage le pouvoir d’achat et relancent le débat sur la capacité des autorités à sécuriser les chaînes d’approvisionnement.
Dans plusieurs commerces, la vente d’eau minérale est désormais rationnée, parfois à quelques bouteilles par client. Des consommateurs signalent parallèlement des interruptions de l’alimentation en eau potable et des rayons insuffisamment approvisionnés. Pour les consommateurs, cette situation témoigne de l’installation progressive d’une « économie de la rareté », dans laquelle l’insuffisance de l’offre favorise files d’attente, spéculation et hausse des prix.
Les coupures d’électricité aggraveraient également les tensions. Elles ralentissent certaines lignes d’embouteillage et fragilisent les petits producteurs, notamment dans le secteur avicole. Les pertes de volailles provoquées par les fortes températures et les interruptions de courant pourraient réduire l’offre de poulet, l’une des protéines les plus accessibles aux ménages tunisiens, et entraîner de nouvelles augmentations de prix.
Les experts avancent toutefois une explication plus conjoncturelle concernant l’eau en bouteille. Selon les informations recueillies auprès des professionnels, la consommation estivale aurait progressé de 30 à 40%, épuisant les stocks constitués par les producteurs. Les coupures d’électricité, les délais de redémarrage des installations et les tensions sur les emballages en plastique auraient ensuite limité la capacité de production. Un retour progressif à la normale est attendu après la reconstitution des réserves.
Des professionnels mettent aussi en cause les effets de certaines réformes. L’association des consommateurs estime que la nouvelle législation sur les chèques a compliqué le financement des stocks constitués en hiver. La crainte de poursuites pour spéculation ou stockage abusif aurait également dissuadé les grossistes de former des réserves avant la hausse saisonnière de la demande.
Lors d’une visite dans des usines d’eau minérale, le 23 août, le président Kaïs Saïed a qualifié la situation d’« anormale ». Ses détracteurs lui reprochent cependant de privilégier les contrôles et les saisies, au détriment d’une analyse des contraintes industrielles. La crise souligne surtout la nécessité d’améliorer l’anticipation, la production et la distribution des biens essentiels.
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