Le 12 août 1946, des dizaines de milliers de mineurs africains du Witwatersrand, principal bassin aurifère d’Afrique du Sud, déclenchent une grève pour réclamer notamment un salaire minimum de dix shillings par jour et de meilleures conditions de travail. Le mouvement, durement réprimé par les autorités, devient l’un des épisodes les plus importants de l’histoire du mouvement ouvrier noir sud-africain avant l’instauration officielle de l’apartheid.
La mobilisation du 12 août 1946 des mineurs sud-africains du du Witwatersrand est organisée par l’African Mineworkers’ Union (AMWU), alors dirigée par J.B. Marks. Les revendications des mineurs portent sur l’amélioration des salaires et des conditions de travail, dans un secteur où la main-d’œuvre africaine est soumise au système du travail migrant et à de fortes contraintes imposées par les compagnies minières et les autorités ségrégationnistes.
Lors d’une conférence tenue à Johannesburg le 4 août 1946, réunissant plus d’un millier de délégués représentant les mines d’or du Witwatersrand, les mineurs décident de lancer une grève générale à partir du 12 août si leurs revendications ne sont pas satisfaites. Parmi celles-ci figurent un salaire minimum de dix shillings par jour, de meilleures conditions de logement et d’alimentation, ainsi que diverses mesures concernant les congés et les travailleurs migrants.
Le 12 août 1946, environ 60 000 mineurs cessent effectivement le travail selon South African History Online. D’autres estimations historiques donnent des chiffres plus élevés ; il est donc plus prudent de retenir la formule « des dizaines de milliers de mineurs ». La mobilisation touche les principales exploitations aurifères du Witwatersrand.
Le mouvement bénéficie du soutien de plusieurs organisations du mouvement ouvrier et de la lutte contre la ségrégation, notamment du Parti communiste sud-africain, dont les militants participent à la diffusion de tracts et à l’organisation du soutien aux grévistes. Mais la mobilisation trouve son origine dans les revendications portées par l’AMWU et les mineurs eux-mêmes.
Les autorités refusent les revendications et décident de mettre fin au mouvement par la force. La police intervient dans les mines et les travailleurs sont confrontés à une répression particulièrement violente. La grève se poursuit pendant environ une semaine avant d’être brisée. Selon les chiffres officiels rapportés par South African History Online, 1 248 travailleurs sont blessés et neuf sont tués au cours de la répression.
Au-delà de ses revendications salariales, la grève constitue un tournant dans l’histoire politique sud-africaine. Elle met en évidence les tensions profondes du système de travail dans les mines d’or et renforce les liens entre les revendications sociales, le mouvement syndical et la lutte contre la domination raciale.
Son impact dépasse ainsi le seul secteur minier. La mobilisation contribue à radicaliser une partie du mouvement de libération nationale sud-africain et à renforcer la place des luttes ouvrières dans la contestation du système ségrégationniste. Elle intervient deux ans avant l’arrivée au pouvoir du Parti national en 1948 et l’institutionnalisation de l’apartheid.
Le 12 août 1946 reste ainsi une date majeure de l’histoire contemporaine de l’Afrique du Sud. La grande grève des mineurs du Witwatersrand demeure un symbole de la résistance des travailleurs noirs face à l’exploitation économique, à la discrimination raciale et au système du travail migrant, ainsi qu’un épisode fondateur de l’histoire des luttes sociales qui accompagneront le long combat contre l’apartheid.
Sf/APA







