En s’engageant pour un quart de siècle avec des partenaires étrangers, Sonatrach cherche à consolider sa présence internationale, au prix d’une dépendance prolongée aux hydrocarbures, dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la volatilité des marchés.
Le groupe public algérien Sonatrach a signé, lundi, plusieurs contrats de services de long terme avec la compagnie indonésienne Pertamina, scellant un engagement stratégique d’une durée de 25 ans. Présenté par le groupe comme une nouvelle étape de son expansion internationale, cet accord s’inscrit dans une coopération bilatérale ancienne, mais soulève des interrogations sur la soutenabilité de ce modèle à long terme.
Selon le communiqué de Sonatrach, ces contrats visent à renforcer les partenariats stratégiques du groupe hors des frontières nationales et à favoriser l’échange d’expertises avec de grands acteurs mondiaux de l’énergie. Dans les faits, Sonatrach assurera la programmation, la coordination et le suivi des opérations d’enlèvement des cargaisons de pétrole brut, de condensats et de gaz de pétrole liquéfié revenant à Pertamina, consolidant ainsi son rôle de prestataire de services dans une chaîne de valeur largement tournée vers l’exportation.
Le groupe a également confirmé l’entrée en vigueur, le 7 janvier 2025, du contrat d’hydrocarbures relatif au périmètre de Menzel Ledjmet, conclu sous l’égide de la loi 19-13. Ce contrat de partage de production lie pour 25 ans un consortium associant Sonatrach, Pertamina et l’espagnol Repsol, prolongeant une dépendance structurelle à des projets fossiles dans un environnement énergétique mondial en profonde mutation.
Cette signature intervient alors que la relation commerciale entre Sonatrach et Pertamina dépasse déjà les deux décennies, rythmée par des contrats d’achat et de vente à long terme et par des transactions ponctuelles sur le Sahara Blend, les condensats et le GPL. Une continuité qui illustre davantage une logique de reconduction que de diversification stratégique, à l’heure où de nombreux acteurs internationaux réorientent leurs investissements vers les énergies bas carbone.
Sur le plan national, Sonatrach affiche en parallèle une volonté de modernisation de ses capacités de forage, notamment sur le site de Hassi Messaoud, présenté comme le pilier de la stratégie énergétique à l’horizon 2030. Lors d’une visite de terrain, le PDG du groupe, Nour Eddine Daoudi, a inauguré de nouveaux équipements intégrant intelligence artificielle, télé-monitoring et appareils de forage « Fast Move », censés améliorer l’efficience opérationnelle.
Malgré ces annonces technologiques et les économies mises en avant, notamment à travers la rénovation d’équipements existants, cette stratégie reste largement arrimée au maintien et à l’optimisation de la rente pétrolière. Dans un contexte de transition énergétique accélérée, l’option d’engagements de 25 ans dans les hydrocarbures apparaît, pour de nombreux observateurs, comme un pari risqué, exposant l’Algérie à des actifs potentiellement dépréciés et à une dépendance prolongée aux marchés fossiles, au détriment d’une diversification énergétique plus profonde.
MK/Sf/APA







