Le Sénégal veut rompre avec l’exportation brute de ses ressources en misant sur des champions territoriaux capables de transformer localement et de créer une véritable valeur ajoutée.
Le Sénégal mise sur ses entreprises phares pour transformer son tissu économique de l’intérieur. La Stratégie nationale de développement du Secteur privé et de promotion de l’investissement (SNDSPI 2025-2029), adoptée en février 2026 par le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération, place au centre de son dispositif un concept peu ordinaire : les « identités remarquables », ces entreprises ancrées dans leurs territoires et capables de porter une filière entière.
L’idée part d’un constat sévère. La région de Dakar concentre à elle seule 46 % du PIB national, et près de 40 % des entreprises recensées. Les régions de Thiès et Diourbel portent une part additionnelle significative, laissant le reste du pays en marge de la création de richesse.
Pourtant, le diagnostic de la SNDSPI révèle une réalité plus nuancée : des régions comme Kédougou, Kolda ou Sédhiou affichent des densités entrepreneuriales élevées, signe d’un dynamisme local sous-exploité faute d’appui structuré.
« Nous devons identifier ces entités remarquables, ces entreprises capables de tirer tout un écosystème, et les accompagner pour qu’elles deviennent des locomotives territoriales », explique Jouldée Soumaré, Directrice du développement du secteur privé au MEPC.

Des travaux sont déjà engagés dans les pôles de Saint-Louis, Kaolack, Kaffrine et Fatick, ainsi que dans la zone sud.
La logique est simple : le pays exporte trop souvent ses ressources brutes. Arachides, poissons, sel, fruits, etc., autant de produits commercialisés sans transformation locale, privant les territoires de la valeur ajoutée industrielle.
« Nous avons un modèle économique dynamique mais qui crée peu de valeur. L’enjeu est de transformer localement nos ressources », souligne Mme Soumaré.
Citant l’exemple de la pêche, elle affirme que « nous avons une filière dynamique, des pêcheurs expérimentés, mais la transformation, l’emballage et la logistique restent insuffisants. Structurer la filière est indispensable pour monter en échelle, accéder à des marchés et capter des financements. »
Les identités remarquables ne pourront prospérer que si le cadre dans lequel elles opèrent est assaini. Sur ce point, le diagnostic de la SNDSPI est sans complaisance : loi foncière de 1964 devenue obsolète, Code du travail bloqué en négociation depuis 2022, partenariats public-privé quasi-inexistants malgré une loi adoptée en 2021.
A cela s’ajoutent des zones économiques spéciales peuplées d’à peine 43 entreprises pour 2 820 emplois. L’accès au crédit, lui, ne représente que 31 % du PIB contre 83 % au Maroc.
« Nous travaillons sur des réformes structurantes, notamment la révision du Code des impôts, afin de créer un environnement plus favorable et inciter les entreprises à se formaliser », précise Mme Soumaré.
Des PME trop seules face au système
Au-delà du cadre réglementaire, la SNDSPI s’attaque à l’isolement des petites et moyennes entreprises. Moins de 5 % des entrepreneurs connaissent des structures comme le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (Fongip) ou l’Agence de Développement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises (ADEPME), pourtant censées les accompagner.
Les dispositifs publics sont fragmentés entre ministères et agences, sans coordination ni base de données partagée. Le taux d’échec des PME dans leur première année atteint 65 %.
Pour y remédier, la stratégie prévoit le déploiement de Maisons de l’entreprise et de centres de services partagés dans les territoires.
« Il faut redynamiser les chambres de commerce, points d’entrée des entreprises, pour que l’entrepreneur puisse avoir un parcours complet, de la création à l’accès au financement et à la formation », insiste Jouldée Soumaré.
L’objectif est de bâtir un secteur privé compétitif, créateur de richesses et d’emplois, capable de soutenir durablement la croissance endogène du Sénégal, conclut-elle.
ARD/Sf/APA





