Face aux enjeux géostratégiques de la transition énergétique mondiale, le Sénégal lance une étude dans le but de documenter son potentiel en ressources minérales critiques et anticiper les défis de gouvernance, environnementaux et sociaux liés à leur exploitation.
La Coalition publiez ce que vous payez (PCQVP) Sénégal a organisé ce lundi à Dakar l’atelier de lancement d’une étude nationale sur les minéraux critiques, en partenariat avec l’African Climate Foundation (ACF). Cette initiative vise à documenter le potentiel géologique du pays et anticiper les défis liés à l’exploitation de ces ressources stratégiques dans le contexte de la transition énergétique mondiale.
Historiquement producteur de phosphates, d’or, de zircon et de titane, le Sénégal dispose d’un potentiel encore sous-exploité en minéraux critiques tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le cuivre et le manganèse – des ressources essentielles à la fabrication des batteries électriques, éoliennes et panneaux solaires.
« Ce qui a motivé ce projet trouve son origine dans notre analyse du plan de financement du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP). Nous nous sommes rendu compte que la question des minéraux critiques n’y était pas suffisamment abordée en tant qu’élément intégral de notre stratégie nationale de transition énergétique », a expliqué Papa Fara Diallo, président de la Coalition PCQVP Sénégal, lors de son discours d’ouverture.

L’Afrique au cœur d’une nouvelle géopolitique des ressources
Plaçant cette initiative dans un contexte continental, Lamine Cissé, représentant pays de l’African Climate Foundation, a rappelé que l’Afrique se trouve au cœur d’une nouvelle géopolitique des ressources.
« L’Afrique détient plus de 50% des réserves mondiales de cobalt, un tiers du manganèse mondial, ainsi que des parts significatives de lithium et de terres rares. Ces ressources positionnent potentiellement notre continent comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale », a-t-il relevé.
Pour le représentant-pays de l’ACF, l’enjeu dépasse la simple exploitation minière.
« Plutôt que de demeurer un simple continent exportateur de matières premières brutes, nous devons développer nos capacités de transformation locale afin de créer des emplois pour notre jeunesse et de capter une part significative de la valeur ajoutée », a-t-il plaidé.
L’Assemblée nationale a marqué son intérêt pour cette initiative stratégique. Diogomaye Diaw, député et vice-président de la Commission de l’énergie et des ressources minérales, a souligné que « la transition écologique n’est plus une option, mais une exigence stratégique pour assurer un développement durable, équitable et résilient. »
Le parlementaire a rappelé que l’Assemblée nationale, à travers sa Commission énergie et ressources minérales, joue pleinement son rôle de veille législative et de contrôle de l’action publique, afin de garantir que ces ressources contribuent effectivement au bien-être des populations et au développement national.
« Le projet que nous lançons aujourd’hui s’inscrit parfaitement dans cette vision. Il offre un cadre de réflexion, d’échange et d’action pour mieux intégrer les impératifs environnementaux, économiques et sociaux dans la gestion des minéraux critiques, tout en soutenant les objectifs de la transition écologique », a-t-il indiqué.

La transparence au cœur des préoccupations
Ibrahim Baldé, représentant de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), a insisté sur l’importance de cette étude pour éclairer le débat national. « Elle nous permettra d’obtenir une cartographie claire de toutes ces ressources stratégiques, de connaître leur localisation géographique, d’évaluer notre potentiel en la matière, de déterminer ce qui est économiquement exploitable et les volumes de production envisageables », a-t-il déclaré.
Le représentant de l’ITIE a précisé que les résultats de l’étude s’inscrivent dans le plan de travail du comité national ITIE et feront l’objet de discussions au sein des différents collèges – société civile, institutions publiques et secteur privé.
Si les minéraux critiques représentent une opportunité de diversification économique et de création d’emplois pour le Sénégal, leur exploitation soulève d’importantes questions de gouvernance, de protection environnementale et de retombées pour les communautés locales.
Papa Fara Diallo a mis en garde contre les risques potentiels. « Sans une gestion adéquate et sans anticipation des défis, cette opportunité pourrait se transformer en risque économique, environnemental et social. Le Sénégal pourrait devenir un simple enjeu dans les rivalités entre grandes puissances, dont les multinationales seraient les « chevaux de Troie » pour le contrôle de ces ressources stratégiques », a-t-il mis en garde.
Le président de PCQVP a également évoqué les risques de déstabilisation politico-sociale, notamment dans certaines zones frontalières sensibles du pays.
Une démarche inclusive et concertée
L’atelier a réuni une quarantaine de participants issus des ministères concernés (Mines, Environnement, Énergie), de l’Assemblée nationale, de l’ITIE, de la société civile, du secteur privé, du monde académique et des partenaires techniques et financiers.
Le cabinet Agis, retenu pour conduire l’étude, a présenté sa méthodologie de recherche devant l’ensemble des acteurs de l’écosystème. « Nous voulons que cette recherche soit utile pour le Sénégal et puisse être intégrée dans notre stratégie nationale de transition énergétique », a insisté Papa Fara Diallo.
L’objectif affiché est d’éviter les erreurs du passé en anticipant très en amont les défis. « Il serait paradoxal et inacceptable que les minéraux destinés à la transition verte soient extraits au prix de la destruction de l’environnement africain », a-t-il averti.
Le projet devrait aboutir à des recommandations stratégiques et opérationnelles en faveur d’une gouvernance transparente, inclusive et durable du secteur des minéraux critiques au Sénégal.
ARD/Sf/APA






