Face à l’effondrement des exportations hors hydrocarbures, le régime Tebboune tente de reprendre le contrôle d’un commerce extérieur miné par l’opacité, la dépendance énergétique et la contrebande.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a présidé jeudi une réunion d’urgence consacrée aux importations et exportations du pays, dans un contexte marqué par des performances alarmantes en matière de commerce extérieur. Cette rencontre, convoquée au palais présidentiel, a rassemblé une dizaine de hauts responsables économiques et sécuritaires, dans un apparent effort de reprise en main d’un secteur en proie aux dérives et à la paralysie.
Cette réunion s’inscrit dans une séquence délicate pour le gouvernement algérien, confronté à une chute prolongée de ses exportations hors hydrocarbures, qui stagnent autour de cinq milliards de dollars par an depuis 2020 – un chiffre dérisoire pour une économie de plus de 45 millions d’habitants. En réaction, les autorités ont annoncé début juillet une nouvelle mesure de contrôle des importations : les entreprises doivent désormais fournir un Programme prévisionnel d’importation (PPI) pour le second semestre 2025, validé en amont par plusieurs ministères. Entrée en vigueur le 9 juillet, cette exigence bureaucratique alourdit davantage un dispositif déjà considéré comme l’un des plus contraignants du Maghreb.
Officiellement, cette nouvelle condition vise à limiter la fraude commerciale, la spéculation sur les matières premières importées, et à préserver les réserves de change. En réalité, elle traduit l’incapacité de l’État à stimuler une production nationale compétitive et à créer un environnement économique propice à l’exportation. L’objectif affiché de 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures à fin 2025 semble largement hors de portée, en l’absence d’un tissu industriel structuré, de logistique performante ou d’incitations fiscales pérennes.
La réunion de jeudi a réuni le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, le président du patronat (Crea), Kamel Moula, les directeurs de la Sécurité intérieure et des Douanes, les ministres des Transports et des Finances, ainsi que le directeur de cabinet de la présidence, Boualem Boualem. La présence des services sécuritaires à une réunion économique illustre, selon plusieurs observateurs, l’approche centralisée et sécuritaire du pouvoir face à une crise économique qu’il peine à contenir.
Alors que le voisin marocain multiplie les zones industrielles intégrées, les accords commerciaux et les plateformes logistiques à vocation d’export, l’Algérie continue de freiner son commerce extérieur par des mesures administratives rigides, un contrôle des changes dissuasif, et l’absence de stratégie claire en matière de compétitivité. Dans un contexte de baisse des revenus énergétiques et de dépendance au pétrole et au gaz, cette inertie constitue un risque majeur pour les équilibres économiques à moyen terme.
À ce stade, aucune mesure structurelle n’a été annoncée à l’issue de la réunion. Le communiqué de la présidence évoque seulement une volonté de coordination intersectorielle accrue, sans calendrier, ni feuille de route. La réunion a surtout révélé l’ampleur des blocages, les tensions croissantes entre l’administration douanière et les opérateurs, et le fossé grandissant entre les objectifs proclamés par le régime et la réalité du terrain.
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