En clôturant sa visite à Constantine, le président Abdelmadjid Tebboune a livré un long plaidoyer sur les « réalisations » de son mandat, ponctué de promesses d’un « nouveau départ » pour 2026. Mais derrière l’optimisme affiché, les annonces soulèvent de sérieuses interrogations quant à leur faisabilité, leur impact réel et le décalage persistant entre la communication officielle et les indicateurs de terrain.
Face à une salle acquise à sa cause, le chef de l’État a assuré que « l’Algérie a accompli de grandes réalisations en peu de temps » et que les « discours défaitistes » ne seraient plus audibles. Cette mise en scène d’un pays sur la voie de l’essor tranche pourtant avec une économie dépendante des hydrocarbures, des investissements industriels ralenties et une fragilité budgétaire dissimulée par la hausse conjoncturelle des prix du pétrole. L’absence d’endettement extérieur, présentée comme un gage de souveraineté, relève davantage d’un réflexe politique que d’une stratégie économique structurée dans un contexte de réserves mobilisées et de pressions sociales croissantes.
Les projets mis en avant — Ghara Djebilet pour le fer, Bled El Hadba pour le phosphate, ou encore la ligne ferroviaire Tindouf–Béchar — constituent les piliers récurrents du discours présidentiel depuis 2020. Leur accélération soudaine, annoncée pour 2026, relève moins de la rupture que d’une réactivation politique à l’approche de la fin de mandat, dans un pays où de grands projets miniers ou industriels ont souvent peiné à dépasser le stade des promesses. L’affirmation selon laquelle 1 000 km de voie ferrée auraient été réalisés en un an et demi suscite par ailleurs scepticisme et demandes de vérification indépendante.
Le président a également évoqué un futur véhicule « made in bladi » avec 40 % d’intégration locale, malgré l’absence d’un tissu industriel solide et les revers successifs de l’industrie automobile algérienne depuis la fermeture des usines de montage en 2019. La projection d’un bond massif de la production de phosphate — de 2,5 à 10,5 millions de tonnes — apparaît tout aussi ambitieuse, alors que les capacités logistiques et la gouvernance du secteur restent des points faibles identifiés par les experts.
Tebboune a enfin mis en avant les start-up, l’intelligence artificielle et l’allocation chômage comme preuves de modernisation sociale. Mais cette communication peine à masquer la persistance de blocages structurels : fuite des talents, climat des affaires incertain, inflation élevée, stagnation du pouvoir d’achat et défiance persistante d’une partie de la population. En appelant à écarter les « discours défaitistes », le président répond moins aux sceptiques qu’à une demande interne de légitimité, à un an d’une échéance politique décisive.
MK/Sf/APA







